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LES GARDIENS DES GORGES DE L'ARDECHE
DE VALLON-PONT-D'ARC A ST-MARTIN-D'ARDECHE, FRANCE © ZEPPELIN

Tout le monde connaît-il les gorges de l'Ardèche ? C'est cette curiosité naturelle où la rivière, sinueuse et corsetée, passe sous une arche de calcaire. Longtemps isolé du monde, le site est aujourd'hui rejoint par le tourisme de masse, attirant près de 1,5 million de visiteurs par an. Au plus fort de l'été, les campings affichent complet tandis que des milliers de canoës en plastique empruntent la rivière ensoleillée. Un succès qui a nécessité d'instaurer une réserve naturelle pour protéger la faune, la flore et les paysages. Loin de vouloir sanctuariser les gorges, les naturalistes font tout pour valoriser les richesses locales. Bientôt classé Grand site de France, le Pont d'Arc ne doit pas pour autant éclipser le patrimoine qui se cache dans la garrigue.

UN PETIT COIN DE PARADIS
[Saint-Remèze] Avant d'affluer dans le Rhône, l'Ardèche traverse un épais plateau calcaire. Sur 29 kilomètres, elle creuse des gorges qui atteignent 300 mètres de profondeur. Recueillant la totalité des écoulements du sud du département ardéchois, la rivière continue d'éroder ses méandres, dessinant des paysages spectaculaires, comme ici, le cirque de la Madeleine.





[Saint-Remèze] Jo et Jean flânent nus sur une rive de l'Ardèche. Installés pendant quatre semaines à La Plage des Templiers, un camping naturiste, ils profitent du soleil et de l'isolement des gorges. Les deux premiers camps naturistes se sont installés en 1962. Précurseurs, ils ont favorisé l'attrait de la clientèle d'Europe du Nord tout en soulignant la « nature sauvage » des lieux.


[Vallon-Pont-d'Arc] Le Pont d'Arc est unique au monde. D'une hauteur de 54 mètres, cette arche calcaire enjambe l'Ardèche qui l'a creusée. Il représente la porte d'entrée de la réserve naturelle, c'est pourquoi l'Office de tourisme et l'Opération grand site se concentrent autant sur ce monument que sur le linéaire des gorges. Un enjeu environnemental et culturel pour le développement durable de la région.
UNE KYRIELLE DE CANOËS
[Vallon-Pont-d'Arc] En 1969, la construction d'une route longeant les gorges de l'Ardèche a permis le développement du tourisme de masse. Aujourd'hui, le site attire 1,5 million de visiteurs chaque année. La commune de Vallon-Pont-d'Arc passe de quelque 2 300 habitants en hiver à plus de 30 000 en été. Qu'ils soient à pied, à vélo ou en kayak, tous veulent voir le fameux Pont d'Arc, véritable monument naturel.





[Vallon-Pont-d'Arc] En été, la descente des gorges en bateau n'est pas particulièrement dangereuse. Mais les kayakistes se retournent souvent devant les rares écueils qui n'ont pas été détruits. Dans les années 1920, avec les balbutiements du tourisme, douze passages dangereux avaient été déblayés à l'explosif, sans aucune conscience écologique.


[Vallon-Pont-d'Arc] Ancien commercial, Marc a investi dans le tourisme des gorges il y a 10 ans, devenant directeur du camping La Rouvière et loueur de bateaux insubmersibles. En activité de mars à octobre, il doit se lever tôt pour équiper les vacanciers qui s'apprêtent à naviguer sur l'Ardèche.
VERS UN TOURISME MAÎTRISÉ
[Saint-Remèze] Responsable du bivouac de Gournier, Gérard surveille le débarquement des kayakistes. Pour lutter contre le camping sauvage sans entraver le tourisme, le Syndicat de gestion des Gorges de l'Ardèche a mis en place deux bivouacs au fond des gorges. Après avoir réservé leurs places, les randonneurs et les kayakistes disposent de blocs sanitaires, de tentes marabouts, de barbecues collectifs, de tables de pique-nique et de postes de secours.





[Vallon-Pont-d'Arc] Françoise Gonnet-Tabardel est à la tête de l'Opération grand site de la Combe d'Arc. En associant l'Etat, les collectivités locales et divers acteurs, des aménagements paysagers ont été réalisés pour mettre en valeur le site. Ici en compagnie de Sébastien Gayet et Vincent Orcel de l'Office de tourisme, elle veut donner un second souffle à ce site qui accueille chaque année 1,5 million de visiteurs.


[Vallon-Pont-d'Arc] Animateur pédagogique, Emmanuel se poste sur l'une des entrées de la réserve naturelle pour rappeler quelques règles aux vacanciers. Pour sensibiliser son auditoire à l'environnement, il a l'habitude de décrypter la faune et la flore qui l'entourent. Pendant quelques instants, il devient le trait d'union entre un territoire et ses visiteurs.


[Vallon-Pont-d'Arc] Animateur pédagogique, Batiste décrypte l'environnement naturel aux touristes les plus curieux. Ici, devant un Chêne pubescent, il explique qu'une branche morte peut soutenir la biodiversité. Dans les gorges, il y a beaucoup de bois mort et autant d'abris pour les insectes, ce qui n'est pas courant en milieu méditerranéen.


[Saint-Remèze] Sur les bivouacs aménagés, il est interdit d'apporter de l'alcool, d'allumer un feu de camp, de mettre de la musique, ou de cueillir des fleurs. Ici, le responsable, Gérard, multiplie les rappels à l'ordre, précisant à chacun qu'il se trouve au cœur d'une Réserve naturelle nationale. Le bivouac de Gournier peut accueillir jusqu'à 500 personnes.
LES FABULEUSES FORMES KARSTIQUES
[Bidon] Creusée du bas vers le haut, la Grotte de Saint-Marcel possède 57 km de galeries, ce qui constitue l'un des plus vastes réseaux karstiques d'Europe.





[Bidon] Avant de rejoindre l'Ardèche, l'eau de pluie s'écoule dans les fissures du plateau calcaire. Progressivement, l'eau modèle la roche, creusant des gouffres, des galeries, et formant divers spéléothèmes plus ou moins spectaculaires. Ces reliefs souterrains intéressent également les naturalistes qui peuvent y observer des chiroptères (couramment appelés « chauves-souris »).


[Vallon-Pont-d'Arc] Réplique de la grotte Chauvet, la Caverne du Pont d'Arc offre une singulière promenade parmi les fresques délicates : «Trait et estompe au charbon de bois, détourage et raclage au silex, estompe en blanc…» décrit le guide devant une scène de rhinocéros en fuite. «Pour copier ces motifs, les artistes ont parfois fait du pointillisme, mais ils ont aussi dû apprendre à maîtriser les savoir-faire préhistoriques, devenant en quelque sorte des faussaires !» raconte Fabrice Tareau, le directeur de l'établissement.


[Bidon] Découverte en 1838, la Grotte de Saint-Marcel attire des touristes depuis longtemps. Les 600 premiers mètres de la cavité ont été aménagés pour accueillir le grand public. En 2018, près de 60 000 visiteurs ont pu y admirer les reliefs karstiques, dont cette cascade de gours. Un « gour » est une concrétion carbonatée en forme de barrage en travers d'un écoulement souterrain. Il y a 30 ans, ces gours ont été bétonnés, éclairés et équipés de pompes pour que l'eau coule régulièrement. Mais s'il y a une crue, l'eau ruisselle naturellement dedans.


[Orgnac-l'Aven] Avec deux diplômes d'Etat en spéléologie, Nicolas propose de nouvelles expériences souterraines. Seul, il exploite l'Aven Grotte forestière depuis 2016, proposant des visites en autonomie, des nuitées sous tente avec petit-déjeuner, des marches méditatives pour lutter contre la claustrophobie… son imagination est décuplée par la concurrence des autres grottes de la région. Ici, une tente suspendue permet d'accueillir deux personnes pour passer la nuit au milieu des concrétions calciques et des excroissances cristallines.
LUMIÈRE SUR LES CHIROPTÈRES
[Bidon] La Grotte de Saint-Marcel intéresse les spéléologues, les naturalistes et les touristes. Pour partager toutes ces sensibilités, la Réserve naturelle nationale travaille en concertation avec le Comité départemental de spéléologie, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), et la mairie de Bidon qui exploite économiquement le site. Ensemble, il veulent protéger les chauves-souris qui hibernent dans la grotte. Ici, Laura observe un Petit rhinolophe. Chargée d'études sur le site Natura 2000 et Espace naturel sensible, elle participe au comptage annuel des chiroptères hivernants.





[Bidon] Les chiroptères hibernent de novembre à avril, et se reproduisent de juin à septembre. Pendant leur hibernation, ils restent sensibles au bruit, à la lumière et à la chaleur. Chaque réveil est une dépense énergétique, donc pendant cette période, les visites ont été réduites dans la Grotte de Saint-Marcel. Ici, un Petit rhinolophe passe l'hiver accroché au plafond de la grotte.


[Bidon] Naturaliste à la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), Julien scrute une « cloche d'urine » dans la Grotte de Saint-Marcel. Cette concavité s'est formée par le regroupement de chiroptères au même endroit. Les urines répétées de ces petits animaux ont provoqué l'altération du calcaire. Le creusement a été progressif, mais il ne permet pas d'estimer la démographie passée des chiroptères.
L'ARDÈCHE, L'AUTRE PAYS DES DOLMENS
[Grospierres] Archéologue, Sonia Stocchetti travaille sur l'architecture des dolmens en Ardèche, un sujet sur lequel elle a déposé une thèse universitaire. Ici, elle dirige une équipe d'archéologues sur le dolmen de la Combe de Bonne Fille, à Grospierres. Le dolmen a déjà été fouillé dans les années 1950, mais il s'agit là de trouver d'autres structures qui auraient été bâties parallèlement.





[Grospierres] Aux abords du dolmen, Aude fouille le sol à l'aide d'un pinceau. Elle essaie de comprendre la position de certaines pierres, tentant d'identifier quelque agencement d'origine humaine. Son équipe a déjà retrouvé quelques pierres plates qui, verticalement, constituaient un couloir menant à l'édifice : « Le problème c'est que le calcaire est de très mauvaise qualité, donc il s'effrite à l'air libre, » explique l'archéologue un peu déçue.


[Grospierres] Après avoir exploré la chambre du dolmen, les 9 archéologues fouillent les alentours et le tumulus proprement dit. Pendant un mois, ils déblayent le cailloutis sans déranger la disposition des rochers originels. En creusant, ils exhument le sol préhistorique qui est plus noir et plus compact : « Pour le moment, c'est extrêmement chaotique… je ne comprends pas ce qui se passe, » indique modestement Sonia, spécialiste des dolmens en Ardèche.


[Grospierres] Dès que les archéologues trouvent un élément intéressant sur le tumulus, ils tamisent le cailloutis et la terre : « Quand on a un doute, on pose l'objet sur la langue, et si ça colle, c'est un os ! » confie Joséphine (au premier plan), étudiante en master d'archéologie à Paris I.


[Grospierres] Sonia et son équipe découvrent quelques dents, des petits ossements, de la céramique… D'autres archéologues sont déjà passés par là dans les années 1950, mais leur fouille a été négligente : on retrouve notamment des os dispersés en nuage, à cause de seaux de tamisage vidés ça et là, sans précaution.
LES SENTINELLES DU PAYSAGE
[Vallon-Pont-d'Arc] Le Pont d'Arc se confond dans l'obscurité. Cette nuit-là, le ciel est constellé de Pyrales du buis, d'innombrables papillons blancs dont les chenilles dévorent les buis.





[Gras] Passionné de botanique et de phytothérapie, Claude met en valeur la garrigue. Depuis 1998, il cueille des plantes sauvages et en cultive certaines en bio : « La broussaille appauvrit la biodiversité. En intégrant diverses cultures, j'ouvre le paysage, j'enrichis la flore, et c'est une opportunité pour les insectes, » explique-t-il devant un champ de Lavande officinale bordé de cades.


[Gras] Oubliées par l'agriculture contemporaine, les plantes de la garrigue ont pourtant des vertus surprenantes : millepertuis, thym, cade, immortelle… Ici, Claude tient un brin de Lavande officinale, une plante dont il est fier d'extraire de l'huile essentielle : « Je suis un des seuls à faire autre chose que du lavandin, parce que je veux valoriser des produits rares dans mes cosmétiques. »


[Vallon-Pont-d'Arc] Garde de la Réserve naturelle nationale des Gorges de l'Ardèche, Olivier conduit un groupe d'ouvriers pour entretenir le paysage des gorges. Ici, il montre comment écorcer l'Ailante glanduleux (Ailanthus altissima), une espèce invasive dont il vaut mieux ne pas couper le tronc, ni les racines, sous peine de voir la multiplication des rejets. L'écorçage permet d'épuiser l'arbre sans le couper.


[Gras] Aux pieds de la Dent de Rez, au cœur d'un site Natura 2000, Olivier élève une soixantaine d'aubracs : 35 mères, 22 veaux et 2 taureaux. Ici, une charolaise ne survivrait pas, mais la race aubrac est rustique. D'ailleurs, il ne veut pas de bâtiment, que de l'extensif, pas de nourrissage, et peu de soins vétérinaires. Un pari réussi puisque ses confrères, d'abord moqueurs, lui demandent régulièrement de partager son expérience.


[Saint-Remèze] Nicolas échantillonne la population d'abeilles sauvages sur une « pelouse de dalle rocheuse ». Afin de pallier le manque de données sur ce groupe, il réalise une campagne de captures mensuelles au filet et avec des coupelles colorées posées au sol (méthode de Westphal). Ces trois coupelles – une blanche, une jaune et une bleue – sont remplies d'eau avec un peu de détergeant inodore. Elles forment un dispositif de piégeage passif basé sur le principe d'attraction visuelle.


[Saint-Remèze] Romain, Conservateur de la Réserve naturelle nationale des Gorges de l'Ardèche, tient une abeille sauvage capturée lors d'un inventaire, et bientôt conservée dans de l'éthanol. Le suivi des abeilles sauvages, dont la plus petite mesure 3 mm, représente un enjeu de conservation des espèces végétales, et réciproquement. La protection de la flore peut aider à la préservation des abeilles qui les butinent et qui peuvent contribuer à leur reproduction.
[Saint-Remèze] Classé « Réserve naturelle nationale » en 1980, le site connait toujours autant de succès auprès des vacanciers. Mais Romain, le conservateur de la réserve, ne veut pas parler de « surfréquentation touristique », car il n'a pas d'outil pour le mesurer : « D'ailleurs, l'interdiction pour les canoës de naviguer après 20 heures correspond à la sortie des castors et des loutres de leurs terriers, » nuance-t-il. Loin de vouloir sanctuariser les gorges, les naturalistes font tout pour valoriser les richesses locales. Bientôt classé Grand site de France, le Pont d'Arc ne doit pas pour autant éclipser le patrimoine qui se cache dans la garrigue.
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LES PHOTOGRAPHES ZEPPELIN
Géographes et photojournalistes, Bruno VALENTIN et Julien PANNETIER ont fondé ZEPPELIN en 2008. Ils voyagent pour comprendre comment les Hommes gèrent et utilisent l'espace. Ils travaillent main dans la main pour réaliser des reportages et les proposer à la presse française et internationale. Du golfe du Bengale à l'aiguille du Midi, des moines de la Grande Chartreuse aux officiers de la Marine nationale, ils signent toutes leurs images ZEPPELIN.