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DESMAN : LE DAHU DES PYRENEES

LARUNS, PYRENNES-ATLANTIQUE, FRANCE © LUCAS SANTUCCI / ZEPPELIN NETWORK

Discret et fragile, le Desman des Pyrénées est longtemps passé inaperçu aux yeux de l'Homme. Proche cousin de la taupe, cet étrange mammifère n'a été découvert qu'en 1811. On sait qu'il vit dans les milieux aquatiques des Pyrénées, mais sa petite taille, son habitat, sa sensibilité aux manipulations, et la faible densité de ses populations en font une espèce méconnue. Protégé aux échelles française et européenne, le desman fait l'objet de multiples études en vue d'améliorer sa conservation. Les photos réalisées par Lucas Santucci sont autant de documents exclusifs pour la compréhension de ce petit animal.

Le Desman des Pyrénées (Galemys pyrenaicus) a une physionomie atypique. Il est inféodé au milieu aquatique. Il vit dans les cours d’eau de moyenne et haute montagne et les lacs d’altitude. Son aire de répartition s’étend des Pyrénées au Nord-ouest de l’Espagne et du Portugal.

Les connaissances sur sa biologie et son écologie restent lacunaires, même si celles-ci ont largement progressé au cours de la dernière décennie grâce à la mobilisation de nombreux acteurs et au développement de nouveaux outils comme la génétique. La petite taille de l’espèce, son habitat, sa sensibilité aux manipulations, la faible densité de ses populations, expliquent en grande partie ce constat. A titre d’exemple, à ce jour aucune observation de desman de moins de 3 mois n’est recensée et peu d’informations sont disponibles sur sa reproduction.

Le desman est protégé aux échelles française et européenne, de même que ses sites de repos et de reproduction. Les experts de l'Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN) considèrent que l’espèce est confrontée à un risque élevé d’extinction à l’état sauvage. La dégradation, la destruction, de son habitat (cours d’eau et berges) et la fragmentation sont les principales causes de la régression de ses populations. La France a une forte responsabilité dans la conservation de ses populations.

Un programme de sauvegarde européen : le Life+ Desman

Depuis 2008, une véritable dynamique s’est mise en place en France autour de la préservation du Desman des Pyrénées. Il a fait l’objet d’un Plan national d’actions (2010 – 2015) qui a permis d’acquérir des connaissances précieuses sur l’espèce, notamment sur l’évolution de sa répartition française, et de constituer un réseau d’acteurs impliqués dans sa conservation. Depuis 2014, un programme de sauvegarde européen, le Life+ Desman (2014 – 2020), met tout en œuvre pour améliorer le statut de conservation du Desman des Pyrénées en France et préserver ses habitats. Coordonné par le Conservatoire d’espaces naturels de Midi-Pyrénées, ce projet mobilise un grand nombre de partenaires techniques et financiers qui mènent des actions d’acquisition de connaissances, des actions concrètes de gestion et de protection du milieu et des actions de formation et de sensibilisation. Une émulation remarquable autour de ce petit animal !

© LUCAS SANTUCCI / ZEPPELIN NETWORK





Le photographe raconte :

Originaire des Pyrénées, j'arpente la montagne depuis tout jeune. Il y a 12 ans, encore adolescent, un ami randonneur me parle d'un animal invisible qui est l'emblème des Pyrénées : le desman. Depuis, lors de chacune de mes excursions, je scrute les cours d'eau avec attention, passant parfois plusieurs heures à regarder un étang dans l'espoir d'être l'une des rares personnes à observer celui qu'on surnomme « le rat trompette ». Mais il n'est jamais venu à moi.

En 2016, après avoir photographié les quatre coins de la planète, je rencontre par hasard Frédéric, un scientifique spécialiste du desman. De cette amitié va naître le projet de photographier l'animal dans l'eau pendant sa chasse – pour la première fois – et d'en faire un reportage. Retour aux origines.

Alors qu'avec sa collègue Mélanie, ils travaillent depuis 10 ans sur le desman, ils ne l'ont vu qu'une fois dans la nature. Leur première réaction lorsque je leur présente mon projet (qui deviendra aussi le leur) est unanime : « Tu n'y arriveras jamais… Essaye de le voir depuis la terre et on en reparlera ! » Il n'en fallait pas plus pour me lancer dans cette traque photographique désespérée.

Présent dans tout le massif pyrénéen, dont il est endémique, le desman est malheureusement invisible dans la plupart des cours d'eau. Combien sont-ils ? Nul ne le sait. Il faut le chercher dans des petits lacs de haute altitude avec une bonne visibilité pour espérer l'observer. Mélanie et Frédéric m'en conseillent un dans le Parc national des Pyrénées, à plusieurs heures de marche. Je tente ma chance. Dès la première heure, je l'observe brièvement, mais je passe ensuite plusieurs jours sans le revoir. Seul dans la montagne, je garde son image en tête comme un rêve. Il faut dire que ce mammifère est extrêmement rapide, soulevant beaucoup de sédiments et se cachant dans les moindres anfractuosités. Je décide de remonter quelques jours plus tard avec une équipe. Alors que nous le repérons en quelques heures, il faudra plusieurs jours pour comprendre ses habitudes, arriver à nager à ses côtés et prendre les premières photos sous-marines de cet invisible « dahu des Pyrénées ». Des images jusqu'alors inédites.

Plus tard, pour finir le reportage sur les travaux scientifiques, j'assiste à des captures dans la rivière proche de mon village d'origine, dans la haute vallée de l'Aude. Que de bonheur et de rage de voir capturer en une nuit trois desmans, sur un linéaire de 100 mètres, à quelques mètres seulement de ma maison, là où je l'ai cherché pendant des années. Il était pourtant là !



LE PHOTOGRAPHE LUCAS SANTUCCI
D'abord ingénieur agronome, puis photo-journaliste, Lucas a intégré l'équipe d'Under The Pole comme responsable logistique et partenariat. Il a embarqué pour 18 mois d'expédition au Groenland dans la promiscuité d'un voilier où il s'est affirmé comme photographe terrestre et sous-marin. Après avoir documenté 9 mois de navigation qui l'ont amené à 80°Nord, Lucas a vécu l'hivernage pris dans les glaces, à quelques kilomètres d'un village de chasseurs-pêcheurs.