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LA LAMPROIE, CE BON VIEUX VAMPIRE
GIRONDE ET ILLE-ET-VILAINE, FRANCE © SAMMY BILLON / ZEPPELIN NETWORK

Un vampire rôde dans nos rivières ! Avec son allure d'anguille et sa ventouse bardée de dents, la lamproie a tout d'un monstre. Elle suce le sang des poissons aux quatre coins du monde. Les Américains la trouvent envahissante, mais en France, on préfère la manger. Pêchée dans la Dordogne, elle constitue un mets de choix pour les Bordelais qui lui dédient même une fête. Mais que sait-on de cet animal fantastique ? Vieille de 535 millions d'années, la lamproie est un cas remarquable d'évolution ralentie. Son anatomie primitive et les similitudes de son cerveau avec l'humain ont nourri de nombreuses études. Déjà au XIXème siècle, elle a permis de définir la constitution basique d'un système nerveux. Sigmund Freud s'était d'ailleurs attelé à la tâche. Aujourd'hui, neuroscientifiques et généticiens continuent de s'y intéresser. Un robot a même été créé sur le modèle de la lamproie : l'engin est idéal pour évoluer dans les eaux polluées sans risquer de les brasser.

Une recette sanglante

Présente dans la plupart des mers et des océans du monde, la lamproie marine est un migrateur amphihalin. Elle passe les 5 premières années de sa vie dans les rivières où elle est née, puis migre vers les mers où elle y reste 1 à 3 ans avant de remonter les rivières pour s'accoupler et mourir juste après la reproduction.

Dans les fleuves français, la lamproie est pêchée depuis plus d'un demi-millénaire. Cette activité se déroule entre janvier et fin avril, lorsque les lamproies entreprennent leur migration-retour. Les techniques de pêche sont inchangées : on emploie une nasse ou un filet dérivant. Mais le métier est dur, et les investissements considérables. Il y a 15 ans, la Dordogne rassemblait plus de 150 pêcheurs professionnels ; aujourd'hui ils ne sont plus que 37. Une filière en déshérence malgré celles et ceux qui transforment eux-mêmes le produit de leurs pêches.

Appréciée pour sa chair fine et délicate, la préparation de la lamproie demeure peu ragoûtante. Son corps monstrueux et le sang qui s'en écoule effraient les cuisiniers non-initiés. En Gironde, même si la lamproie fait partie de l'économie locale, cette recette traditionnelle pourrait bien disparaître.


Un cobaye idéal pour les neurosciences

Vieille de 535 millions d'années, la lamproie est un cas remarquable d'évolution ralentie. Son anatomie primitive et les similitudes de son cerveau avec l'humain ont nourri de nombreuses études. Déjà au XIXème siècle, elle a permis de définir la constitution basique d'un système nerveux. Sigmund Freud s'était d'ailleurs attelé à la tâche. Aujourd'hui, les neuroscientifiques continuent de s'y intéresser.

Avec un cerveau similaire à celui de l'humain, mais plus simple, la lamproie est un cobaye idéal : « Il est plus facile de démonter une 2CV qu'une voiture de sport, c'est pourquoi la lamproie est souvent prise pour effectuer différentes recherches neuroscientifiques, » résume Didier Le Ray, chercheur au CNRS à Bordeaux. Il a notamment travaillé sur les messages sensoriels et les neuro-locomoteurs afin de comprendre les interactions entre la région locomotrice mésencéphalique (autrement dit le centre de commande), et les neurones réticulo-spinaux qui contrôlent principalement les fonctions motrices.

« En plus de sa relative simplicité, la lamproie possède une résistance exceptionnelle. Son système nerveux peut être isolé du corps in vitro dans une solution physiologique, une solution saline adaptée à la vie du système nerveux jusqu'à 48 heures en gardant ses pleines fonctions alors que pour la grande majorité des mammifères, les expériences in vitro ne peuvent dépasser 4 ou 5 heures » explique le neuroscientifique.


Un animal fragile et mystérieux

Protégées en France, les Lamproies marine et fluviatile sont deux espèces présentes sur la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Les derniers recensements montrent une diminution importante de la population de ces deux espèces sur le territoire français.

La lamproie est un animal méconnu du grand public mais aussi des biologistes. De grandes zones d'ombre persistent sur les cycles de vie, notamment les migrations vers la mer. Combien d'années vivent-elles réellement ? Et finalement, la Lamproie fluviatile et la Lamproie de Planer ne constituent-elles pas une seule et même espèce ? Autant de questions auxquelles les biologistes de l'INRA et de l'Agence française pour la biodiversité (AFB) cherchent des réponses pour mieux pouvoir protéger cet animal fantastique.


Un maître nageur

La lamproie se déplace de façon rudimentaire dans son milieu. Connue sous le nom de nage anguilliforme, cette ondulation intéresse le laboratoire BioRob. Installés à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), les ingénieurs ont l'espoir de reproduire cette nage de manière artificielle. Leur but : l'utiliser via un robot dans la recherche et la détection de polluants sans mélanger le milieu contaminé lors de l'approche.

Baptisé Amphibot, le premier projet a pour but de construire un robot amphibie pouvant se déplacer en milieu extérieur. Il s'inspire du mouvement des poissons dit « allongés » et sans nageoires tels que les lamproies. Les études numériques réalisées sur le déplacement de l'animal ont permis de générer un programme recréant un mouvement similaire.

Les chercheurs et ingénieurs du laboratoire réalisent et programment eux-mêmes les circuits imprimés. Ces derniers permettent d'articuler les caissons du robot. Les éléments présentent tous la même architecture. Un moteur permet de faire varier l'angle entre deux caissons. Cette variation d'angle, synchronisée sur tout le robot, permet de le faire onduler. Ainsi, la machine peut avancer dans un milieu liquide.

Les chercheurs du laboratoire possèdent un bassin recréant un courant d'eau. Cet outil est fondamental pour tester les avancées sur le robot. La génération du robot Amphibot 3 est capable de nager à une vitesse proche de celle d'un humain. La faible consommation de ce type de mouvement permet au robot d'avoir une autonomie élevée pouvant aller jusqu'à 45 minutes, voire 1 heure.

Une fois les différents mouvements de déplacement programmés dans les moteurs internes du robot, il est possible de le déplacer grâce à une télécommande au même titre qu'une voiture téléguidée. Les mouvements du robot sont étudiés et enregistrés grâce à des caméras disposées à la verticale du bassin. Ces relevés peuvent être visionnés en direct sur un écran pour optimiser au mieux la nage et les mouvements des caissons.

Depuis la création du projet en 2004, les robots ont considérablement évolué. Baptisé Envirobot, le dernier sujet de recherche est la conception d'un robot d'échantillonnage et d'analyse des eaux aquatiques. La nage anguilliforme, contrairement à un déplacement par propulsion, permet d'avoir accès à des zones aquatiques sans brasser ni mélanger le milieu liquide. Cet avantage permet un meilleur échantillonnage dans les possibles missions de contrôle de pollution auxquelles le robot peut être affecté. Plus gros que ses prédécesseurs, Envirobot devrait pouvoir embarquer du matériel d'analyse et des capteurs de pollution. Les résultats pourraient être communiqués en temps réel à un observateur extérieur.


© SAMMY BILLON / ZEPPELIN NETWORK











LE PHOTOGRAPHE SAMMY BILLON
Photographe professionnel de 24 ans, Sammy a suivi 2 années d'études de photographie afin d'apprendre tout le fondement de ce milieu, avant d'intégrer durant plus de 4 ans un studio de publicité. Fort de cette expérience, il s'efforce de l'utiliser pour mettre au mieux les sujets de ses reportages en lumière. Egalement vidéaste et télépilote de drone, il s'intéresse aux nouveaux vecteurs de communication pour réaliser ses reportages sous un angle novateur et percutant.