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RETOUR DES TALIBANS UN PAYS SOUS VOILE
AFGHANISTAN, KABOUL, KANDAHAR, BALKH & MAZAR-I-SHARIF ANTONIN BURAT / ZEPPELIN NETWORK

La lumière s'éteint sur l'Afghanistan. Un drapeau blanc estampillé de la chahada en calligraphie arabe noire flotte dans le ciel bleu pâle, fièrement planté sur le bâtiment principal de l'aéroport de Kaboul. Les talibans, nouveaux maîtres du pays depuis leur entrée dans la capitale le 15 août 2021, ont disséminé leur bannière partout dans la ville et dans le pays.

Trois mois après la reprise du pouvoir par les intégristes musulmans, les observateurs du monde entier retiennent leur souffle, attendant de voir le vrai visage du régime à venir. Si cette nouvelle génération de talibans cherche à se présenter comme plus modérée que la précédente au pouvoir de 1996 à 2001, les signaux sont cependant alarmants et la société afghane connaît d'ores et déjà une mutation profonde. Les femmes disparaissent progressivement de la vie publique, les artistes, journalistes et opposants sont mis au pas, et les ethnies minoritaires telles que les Hazaras sont directement menacées. À cela s'ajoutent une crise alimentaire grandissante et une situation économique exsangue. Le pays tout entier semble être sur le point de s'effondrer, et la capacité de ses nouveaux dirigeants à le redresser reste à prouver.

Plongée dans l'Afghanistan des talibans, où les jeunes miliciens victorieux se pavanent dans les ruines d'un pays en lambeaux, instaurant leur nouveau règne de terreur et faisant planer au-dessus de la population les nuages de l'obscurantisme.

[Kaboul, 12 novembre 2021] Deux combattants talibans se baladent dans les ruines de la forteresse Bala Hissar, et profitent d'une vue imprenable sur la capitale.





[Kaboul, 12 novembre 2021] Le blason taliban a été peint sur le mur d'enceinte de l'ancienne ambassade des États-Unis, évacuée au mois d'août suite à la reprise du pouvoir par les fondamentalistes musulmans.


[Kaboul, 13 novembre 2021] Le vice-ministre de la Santé du nouveau régime taliban, Dawood Mansour, dans son bureau.
UN PAYS AU BORD DE LA FAMINE
[Kandahar, 17 novembre 2021] Intérieur du service dédié à la malnutrition de l'hôpital régional Mirwais. Selon le Programme Alimentaire Mondial (PAM), 22,8 millions d'Afghans – soit plus de la moitié de la population – sont aujourd'hui confrontés à une forte insécurité alimentaire. Cette crise humanitaire s'est amplifiée depuis le retour au pouvoir des talibans le 15 août 2021. Elle risque désormais d'empirer alors que l'hiver arrive, et que l'économie du pays menace de s'effondrer.





[Kandahar, 17 novembre 2021] Une mère afghane au chevet de son enfant atteint de malnutrition sévère, à l'hôpital régional Mirwais.


[Kandahar, 17 novembre 2021] Un enfant afghan atteint de malnutrition sévère respire à l'aide d'une bouteille d'oxygène, à l'hôpital régional Mirwais


[Kaboul, 13 novembre 2021] Une mère afghane soulève son enfant atteint de malnutrition sévère, à l'hôpital Ataturk.


[Kaboul, 13 novembre 2021] Le Dr. Hassam Kamil, directeur de l'hôpital Ataturk, accueille ce jour-là 11 enfants atteints de malnutrition sévère.
LES FEMMES BÂILLONNÉES
[Kaboul, 23 novembre 2021] Depuis le retour au pouvoir des talibans, les femmes s'effacent peu à peu de la société afghane. Pour celles qui osent encore sortir, elles le font désormais vêtues de burqa ou de voile intégrale. Leur image est supprimée, en témoigne ce salon de beauté dont les affiches ont été vandalisées par les talibans dès leur arrivée en ville. Les femmes sont les premières victimes des multiples crises qui frappent le pays.





[Kaboul, 22 novembre 2021] Une femme afghane vêtue d'une burqa, au Marché aux Oiseaux de Ka Faroshi à Kaboul.


[Kaboul, 11 novembre 2021] Soraya Karimi, 24 ans, capitaine d'une équipe de hand féminine à Hérat, a reçu des menaces de la part des talibans. Ils l'informent qu'ils « passeront à l'action » si elle continue ses activités sportives.


[entre Mazar-i-Sharif et Balkh, 19 novembre 2021] Une femme en burqa mendie au milieu de la chaussée.


[Kaboul, 23 novembre 2021] Une femme et sa fille mendient devant une boulangerie du quartier de Shahr-e-Naw.
LES PETITES MAINS DE LA RUE
[Kaboul, 12 novembre 2021] Comme dans tout conflit, les enfants afghans sont particulièrement touchés par la violence et la misère qui s'abattent sur le pays. D'après les données de l'Unicef, 10 millions d'enfants ont besoin d'une aide humanitaire et 4,2 millions ne sont pas scolarisés. Nombreux d'entre eux se retrouvent à travailler ou à mendier dans la rue dès leur plus jeune âge.





[Kaboul, 12 novembre 2021] Deux enfants se réchauffent auprès d'un feu, dans un des nombreux centres de tri de fortune des faubourgs de la capitale.


[Kandahar, 15 novembre 2021] Deux jeunes mendiantes tentent de gagner un peu d'argent dans les rues.


[Kaboul, 12 novembre 2021] Des enfants cherchent dans une benne à ordures des matériaux à recycler. En échange de ce travail pénible, ils gagneront un peu d'argent.


[Kaboul, 12 novembre 2021] Deux enfants profitent d'une pause pour grignoter et boire du thé, dans un des nombreux centres de tri de fortune des faubourgs de Kaboul.
LA FORMATION DES TALIBANS DE DEMAIN
[Kandahar, 15 novembre 2021] Mosquée en construction dans la ville nouvelle. En Afghanistan, une autre voie existe pour les jeunes garçons : celle de l'éducation dans une des nombreuses madrassas du pays. Dans ces écoles religieuses, aujourd'hui administrées par les talibans, ils passent leurs journées à étudier les textes sacrés de l'Islam et la poésie persane, tout en apprenant à devenir de bons musulmans, selon les critères des mollahs au pouvoir.





[Kandahar, 16 novembre 2021] De jeunes Afghans étudient des textes religieux, dans une madrassa administrée par les talibans.


[Kandahar, 16 novembre 2021] Sur un mur de la ville, la fresque d'une jeune écolière munie de crayons a été vandalisée par les talibans qui interdisent toute représentation féminine.


[Kandahar, 16 novembre 2021] Un jeune Afghan étudie des textes religieux, dans une madrassa administrée par les talibans.


[Kandahar, 16 novembre 2021 ] Un groupe de jeunes Afghans, dans une madrassa administrée par les talibans.
DES CITADINS SOUS CONTRÔLE
[Kaboul, 11 novembre 2021 – ] Des talibans dans le bureau d'un poste de police. Dehors, il règne désormais une étrange sensation de calme. Le drapeau blanc estampillé de calligraphie arabe noir qui inspirait autrefois la terreur est visible partout dans le pays – à tel point qu'il devient rapidement familier – et de jeunes hommes barbus, AK-47 en mains, font désormais partie du paysage. Malgré cette métamorphose, la vie suit son cours et les habitants, depuis longtemps habitués aux guerres incessantes et aux changements de régimes, s'adaptent une nouvelle fois.





[Kandahar, 16 novembre 2021] Deux talibans s'amusent avec une arme, près du mausolée d'Ahmad Shah Durrani.


[Kaboul, 14 novembre 2021] Des combattants talibans en patrouille dans les environs de la capitale.


[Kaboul, 14 novembre 2021] Deux combattants talibans surveillent et montrent leur présence sur un carrefour fréquenté du centre-ville.


[Kaboul, 14 novembre 2021] Des combattants talibans en patrouille dans les environs de la capitale.


[Balkh, 19 novembre 2021 – ] Un taliban contrôle le coffre d'une voiture au niveau d'un check-point.


[Kaboul, 14 novembre 2021] Un combattant taliban contrôle les voitures au niveau d'un check-point.
LES VISAGES DU NOUVEL ORDRE
[Kandahar, 16 novembre 2021] Si certains visages font « partie des meubles » dans les étalages des bazars historiques afghans, d'autres moins familiers ont fait leur apparition. Ces talibans, qui font désormais régner l'ordre dans les cités, sont pour la plupart originaires des campagnes, et n'avaient jamais mis les pieds dans une ville auparavant. Froids, menaçants, mais étonnés de tout, ils se mélangent aujourd'hui aux traits rieurs des marchands et des citadins. Deux mondes qui se rencontrent, à l'image d'un peuple en plein basculement.





[Kaboul, 13 novembre 2021] Un combattant taliban garde l'entrée d'une base militaire, au pied de la colline de Teppe Maranjan.


[Kaboul, 12 novembre 2021] Un jeune marchand tient dans ses mains une colombe, dans une ruelle du Marché aux oiseaux de Ka Faroshi.


[Kandahar, 17 novembre 2021] Shahid Sartaj, journaliste pour une chaîne régionale, n'ose plus faire son travail depuis le retour au pouvoir des talibans, par peur de représailles. Il cherche aujourd'hui un moyen de fuir le pays.


[Mazar-i-Sharif, 19 novembre 2021] Un combattant taliban devant l'entrée du sanctuaire de Hazrat Ali.


[Kaboul, 12 novembre 2021] Un passant coiffé d'un pakol – le béret traditionnel afghan – dans un marché.


[Kandahar, 16 novembre 2021] De jeunes Afghans boivent le thé, près du sanctuaire de Baba Wali.
[Kaboul, 12 novembre 2021] Kaboul, 22 novembre 2021 – Un marchand montre un de ses tapis orné d'une illustration en hommage aux attentats du 11 septembre 2001, dans sa boutique, à Kaboul.
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LE PHOTOGRAPHE ANTONIN BURAT
Voyageur et photographe, Antonin s'oriente vers le reportage en couvrant la crise sur l'indépendance de la Catalogne en 2017, puis celle des Gilets jaunes un an plus tard au cœur des manifestations parisiennes. Il affine progressivement son regard et élargit son champ de travail en réalisant des reportages en Afrique de l'Ouest, au Kosovo, au Liban, et au Haut-Karabakh. Quels que soient les sujets qu'il traite, Antonin cherche dans la photographie un moyen de capturer les émotions ressenties sur le terrain et de les distiller dans les histoires qu'il rapporte.