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HARD ROCK NINJAS
MANDAL, MONGOLIE © SAMMY BILLON / ZEPPELIN NETWORK

Les Mongols sont assis sur un tas d'or, mais ceux qui creusent à la pioche cherchent moins la fortune qu'à survivre. Chassés par les crises agricoles, harcelés par la police et maudits par les dieux, ils travaillent dans une grande précarité. La plupart fouillent les alluvions en famille, mais quelques uns préfèrent s'attaquer aux roches dures. Clandestins dans leur pays, ils sont contraints d'aller toujours plus loin, s'enfonçant dans des mines toujours plus dangereuses.

[Mine de Naran, Mongolie] Les monts Khentii abritent de nombreux gisements d'or. Avant la chute de l'URSS voisine, de grandes sociétés minières y employaient des dizaines de milliers de personnes. Exploitée depuis une dizaine d'années, cette mine a été creusée à la force des bras et de la dynamite, une pratique interdite et très dangereuse.





[Mine de Zuunlûd, Mongolie] Un groupe de mineurs s'abrite sous une yourte. Connus sous le nom de « ninjas », ils vivent en communauté, travaillant souvent plusieurs dizaines de jours dans la même mine pour en extraire suffisamment de minerai.


[Mine de Zuunlûd, Mongolie] Un chercheur d'or pénètre dans la mine. Fermée dans les années 1990, elle appartenait à une entreprise sino-allemande qui embauchait plusieurs milliers de personnes. Le propriétaire actuel habite dans la vallée. Il autorise la venue de quelques ninjas, exigeant 200 euros par tranche de 10 tonnes de minerai extrait.
[Mine de Zuunlûd, Mongolie] Cette mine a été creusée en 1911. Le boisage maintient une petite partie du réseau de galeries relativement stable, mais la plupart des galeries se sont effondrées au fil du temps. Aujourd'hui, les mineurs clandestins continuent d'y creuser toujours plus loin. Ici, Tuugii fouille les pierres qui jonchent le sol. Il espère trouver les restes d'un filon d'or qui auraient été oubliés.





[Mine de Zuunlûd, Mongolie] A la seule lumière de sa frontale, Badaa creuse à l'aide d'une pique en métal.


[Mine de Zuunlûd, Mongolie] Badaa et Tuugii inspectent le minerai qu'ils ont amassé.
[Mine de Zuunlûd, Mongolie] Les mineurs cherchent des restes d'or dans une ancienne réserve d'eau ayant servi au lavage du minerai.





[Mine de Naran, Mongolie] Les ninjas creusent leurs propres galeries, mais aucun boisage ne les stabilise et les éboulements sont fréquents. Ici, depuis le début de l'année, deux mineurs sont morts ensevelis par les roches.


[Mine de Zuunlûd, Mongolie] Badaa a commencé à travailler dans les mines en même temps que Tuugii. Bien qu'ayant un emploi en ville, il est devenu chercheur d'or pour compléter son salaire.
[Mine de Zuunlûd, Mongolie] Ankhaa est devenu mineur il y a trois ans, après qu'il ait perdu son emploi à Oulan-Bator. Il est le gendre de Tuugii.





[Mine de Zuunlûd, Mongolie] En hiver, les précipitations de neige rendent l'accès aux mines ardu. Les mineurs doivent souvent déplacer des dizaines de sacs de plus de 30 kg sur des centaines de mètres.


[Mine de Zuunlûd, Mongolie] Deux yourtes sont à la disposition des ninjas pour qu'ils puissent se reposer.
[Zuunkharaa, Mongolie] Tuugii est mineur depuis plus de 20 ans. Ancien éleveur nomade, il travaille aussi dans le secteur du bâtiment mais les chantiers s'arrêtent en hiver, lorsque les températures minimales moyennes descendent à -30°C. Pendant l'hiver, et malgré l'interdiction, Tuugii se consacre exclusivement à la recherche d'or pour nourrir sa famille. Ici, il demande conseil et protection à un chaman après les descentes de la police dans les mines ninjas.





[Zuunkharaa, Mongolie] Tuugii et son gendre, Ankhaa, questionnent un chaman sur la marche à suivre : « Faut-il retourner dans la mine de Naran malgré les descentes fréquentes de la police, ou bien se tourner vers des terres plus dangereuses ? ».


[Zuunkharaa, Mongolie] Le chaman fait une offrande de lait aux esprits pour qu'ils ne viennent pas déranger les mineurs, et qu'ils soient en sécurité dans leur travail.
[Mine de Naran, Mongolie] Le chaman a conseillé à Tuugii et Ankhaa de se diriger vers la mine de Naran. Une mine que Tuugii, Badaa et d'autres mineurs ont commencé à creuser il y a une dizaine d'années en suivant les filons d'or. Aujourd'hui, c'est une succession de galeries, de fosses et de puits dont les deux plus profonds descendent à 30 et 50 mètres sous la surface. Les mineurs redoutent d'y descendre, car il y a déjà eu beaucoup d'accidents : « Cette mine n'est pas sûre, trop de boyaux y ont été creusés, » prévient Tuugii.





[Mine de Naran, Mongolie] Ganzorig est le fils du chef de ce groupe. Il travaille dans la mine de Naran depuis son ouverture : « C'est plus dur que de travailler pour une entreprise, mais au moins ici, je suis mon propre boss, » assure-t-il.


[Mine de Naran, Mongolie] En dix ans, les mineurs ont creusé profondément dans la roche. Certains puits descendent jusqu'à 50 mètres sous la surface. Pour les atteindre, les mineurs utilisent une simple corde qu'ils font glisser entre leurs mains, sans aucune sécurité.


[Mine de Naran, Mongolie] Au plus profond du puits, Ganzorig attaque le filon d'or au marteau-perforateur. Ce filon, il a commencé à le suivre il y a des années, 30 mètres plus haut.


[Mine de Naran, Mongolie] Les mineurs récupèrent les pierres dans lesquelles ils distinguent des paillettes d'or. Ils remplissent une dizaine de sacs avec respectivement 30 à 40 kg de minerai.
[Mine de Naran, Mongolie] Aucun système de ventilation n'est présent dans la mine : « Après 40 mètres de profondeur, l'oxygène devient rare et nous devons respirer toutes les minutes dans un simple tuyau venant de la surface, sans système de pompe, » rapporte Purevsuren, cigarette aux lèvres. Ici, les mineurs hissent les sacs pleins de minerai par la seule corde qui leur a permis de descendre.





[Mine de Naran, Mongolie] Les mineurs remontent à la seule force des bras, sans aucune sécurité. Ici, Otgonbayar retrouve la lumière du jour. Seuls les jeunes de 20 à 35 ans descendent dans ce puits.


[Mine de Naran, Mongolie] Epuisés, les mineurs ne font généralement qu'une seule descente par jour. Ici, on distingue deux groupes électrogènes : le plus neuf, au premier plan, sert à actionner le marteau-perforateur.
[Mine de Naran, Mongolie] Une fois remontés à la surface, les sacs de minerai sont descendus à dos d'homme jusqu'au camion qui les attend, 700 mètres de dénivelé plus bas. Tous les mois, les mineurs de Naran extraient ainsi près de 8 tonnes de minerai pour récupérer entre 200 et 300 grammes d'or qu'ils se partageront à 8 ou 10.





[Zuunkharaa, Mongolie] Tuugii broie un échantillon qu'il a prélevé dans un filon de la mine de Naran. S'il contient de l'or, il y retournera pour extraire plusieurs centaines de kilos de minerai.


[Zuunkharaa, Mongolie] Les mineurs déjeunent chez Tuugii. Ils sont épuisés : « Les accidents arrivent toujours sur les derniers jours de présence dans la mine, » explique Badaa qui recouvre ses forces.
[Zuunkharaa, Mongolie] Tuugii et ses collègues décident d'aller à l'usine de broyage pendant la nuit. Ils veulent éviter tout risque de croiser la police lorsqu'ils collectent leur or. Car même si cette usine est légale, ils ne sont pas autorisés à y aller. Ici à gauche, le sable aurifère s'écoule dans une gouttière comportant des interstices. Plus lourdes, les paillettes d'or vont se loger à l'intérieur du damier qui est ensuite déversé dans une bassine, ici à droite.





[Zuunkharaa, Mongolie] Pour commencer, les ninjas déversent leurs sacs de minerai dans un moulin qui va réduire la roche à l'état de sable.


[Zuunkharaa, Mongolie] Après 6 heures de broyage et de lavage, les paillettes d'or apparaissent au fond de la bassine. Il aura fallu traiter plus de 75 kg de minerai pour obtenir 2,2 g d'or.


[Zuunkharaa, Mongolie] De l'acide nitrique est ajouté aux paillettes d'or. Cet acide permet de dissoudre le métal provenant des galets du moulin. La solution est chauffée pour accélérer l'évaporation. Une fois l'acide évaporé, une pâte demeure au fond du récipient. Elle est ensuite chauffée au chalumeau pour en faire une pépite d'or.


[Zuunkharaa, Mongolie] Les revenus des ninjas dépendent de la qualité du minerai qu'ils extraient. En général, Tuugii, Badaa et Ankhaa trouvent chaque mois entre 40 et 50 grammes d'or, ce qui leur rapporte plus de 1000 € à se partager. C'est l'équivalent du salaire moyen mongol. Une somme non négligeable dans un pays où le salaire minimum est inférieur à 200 €.
[Zuunkharaa, Mongolie] Certains ninjas n'hésitent pas à utiliser de petits ateliers clandestins pour récupérer leur or. Ici, dans une cabane tenue secrète, un ninja tient dans sa main une boulette constituée d'or et de mercure. La boulette est ensuite chauffée pour évaporer le mercure, laissant l'or au fond du récipient. Souvent réalisée dans un endroit confiné, à l'abri des regards, cette étape est extrêmement nocive pour l'opérateur qui respire les vapeurs de mercure.





[Zuunkharaa, Mongolie] Les ninjas qui travaillent en cachette emploient du mercure, un métal liquide qui s'amalgame à l'or : il fait l'effet d'un aimant sur les poussières d'or invisibles.


[Zuunkharaa, Mongolie] L'or obtenu dans les ateliers clandestins est plus cher, car le travail est beaucoup plus risqué. L'échange se fait dans un petit commerce produits cosmétiques de la ville.
[Zuunkharaa, Mongolie] Le « respect de la nature » est au cœur de la vie traditionnelle mongole, mais les temps durs et Tuugii doit continuer à « blesser la terre » pour trouver de l'or. Ici avec son gendre, il fait des offrandes aux bouddhas, demandant leur pardon avant de repartir dans les montagnes.
[Au Nord de Zuunkharaa, Mongolie] Tuugii et Badaa recherchent de nouveaux filons d'or toujours plus loin. Creuser ici est risqué, car en plus des autres ninjas, beaucoup de nomades de la région sont interrogés par la police pour connaître les emplacements des mines.
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LE PHOTOGRAPHE SAMMY BILLON
Photojournaliste, Sammy a suivi deux années d'études de photographie avant d'intégrer durant plus de quatre ans un studio de publicité. Fort de cette expérience, il sait mettre en lumière les sujets de ses reportages. Également vidéaste et télépilote de drone, il s'intéresse aux nouveaux vecteurs de communication pour réaliser ses reportages sous un angle novateur et percutant.
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Extrêmement sensible aux changements climatiques, l'agriculture mongole évolue rapidement. Ces dernières années, de nombreux éleveurs nomades ont dû faire face aux « dzud », des hivers si froids qu'ils affament des milliers de têtes de bétail. Guettés par la pauvreté dans un pays en pleine crise économique, ils partent en ville et changent de vie. D'autres s'accrochent tant bien que mal à leurs activités pastorales. Mais ces résistants trouveront-ils assez d'herbe pour leurs bêtes ?