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NORD KENYA ENTRE SOIF ET CRUE

COMTÉ DE MARSABIT, KENYA • PHOTOS © GUILLAUME PETERMANN / AGENCE ZEPPELIN
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Dans le nord aride du Kenya, les éleveurs ont pendant des siècles su lire les nuages, les vents et les points d'eau souterrains pour survivre aux sécheresses. Mais le dérèglement climatique brouille ces repères ancestraux. Non loin de là, le lac Turkana, lui, ne cesse de monter, engloutissant maisons, écoles et cimetières des pêcheurs. Entre crues et poussières, les communautés sont prises en étau. Face à cette bascule, une nouvelle génération se lève : éleveurs reconvertis, femmes entrepreneuses, jeunes diplômés revenus au village inventent d'autres façons de résister, sans renoncer à leurs identités.  Un texte de 25 000 signes est disponible à la demande. 

[Ilmoti, comté de Marsabit, Kenya] Trois femmes ramènent chez elles des bidons qu'elles ont rempli d'eau au réservoir communautaire. Chaque semaine, deux bidons de 20 litres sont attribués à chaque famille. Rouler les bidons au sol au lieu de les porter sur le dos réduit considérablement l'effort physique.
[Entre Ngurunit et South Horr, comté de Marsabit, Kenya] Installés dans un campement temporaire, des morans collectent le sang d'un dromadaire dans un seau. Lors des transhumances ou pendant les périodes de forte sécheresse, ces jeunes guerriers Ariaal-Rendille réalisent ce geste pour compléter leur alimentation.
[Entre Ngurunit et South Horr, comté de Marsabit, Kenya] Une incision superficielle est pratiquée dans le cou du dromadaire à l'aide d'une flèche, sans le tuer. Le sang est ensuite mélangé à du lait frais et permet aux jeunes guerriers de disposer d'une base nutritionnelle quand les autres ressources alimentaires se raréfient.
DES SAISONS INCERTAINES
[Ngurunit, comté de Marsabit, Kenya] La majeure partie de l'année, la rivière Ngurunit ne laisse derrière elle qu'un lit de sable. Sous cette surface sèche, les éleveurs creusent des puits pour trouver l'eau nécessaire à leurs familles et à leurs troupeaux.
[Ngurunit, comté de Marsabit, Kenya] Deux hommes Samburu creusent un puits dans le lit asséché de la rivière Ngurunit. Les éleveurs exploitent les réserves qui subsistent sous les alluvions.
[Ngurunit, comté de Marsabit, Kenya] Un éleveur Ariaal-Rendille remplit l'abreuvoir de ses chameaux avec l'eau d'un puits creusé dans le lit asséché de la rivière Ngurunit.
LES ANCIENS NE SAVENT PLUS
[Ilmoti, comté de Marsabit, Kenya] Kitaip Lengerfei, 73 ans, de la communauté Ariaal-Rendille, pose devant trois de ses dromadaires. « Avant, nous savions », rapporte l'ancien du village. « Nous savions quand les pluies arriveraient. Nous savions où conduire les troupeaux. Nous savions quelles vallées auraient de l'herbe à pâturer et à quel moment. Nous savions reconnaître les signes annonciateurs d'une bonne ou d'une mauvaise année. »
[Ilmoti, comté de Marsabit, Kenya] Deux femmes Rendille construisent un enclos pour protéger les jeunes veaux et mieux surveiller leur alimentation.
[Ilmoti, comté de Marsabit, Kenya] Wahareya Lebonyo, 48 ans, de la communauté Rendille, traite ses chèvres contre les parasites à l'aide d'un pulvérisateur.
UN LAC QUI DÉBORDE
[Près de Komote, comté de Marsabit, Kenya] Des bergers Turkana ramènent leur troupeau au village par la nouvelle route qui longe le lac Turkana. L'ancienne route a été submergée par les eaux du lac et la nouvelle est déjà menacée par leur progression.
[Layeni, comté de Marsabit, Kenya] Kalamun Lekapana, pêcheur El-Molo de 45 ans, remonte ses filets à bord d'un radeau traditionnel fait de troncs de palmier. Avec la hausse du lac, il déplore de ne plus pouvoir rejoindre les zones les plus poissonneuses, désormais à deux heures de navigation avec un bateau à moteur.
[Komote, comté de Marsabit, Kenya] Des pêcheurs El-Molo découpent une perche du Nil fraîchement pêchée. Les prises de cette taille sont devenues très rares. Faute de moyens de conservation, le poisson doit être rapidement acheminé jusqu'à Loiyangalani afin d'en obtenir le meilleur prix possible auprès d'un intermédiaire.
[Layeni, comté de Marsabit, Kenya] Un pêcheur El-Molo prépare ses poissons afin de les faire sécher au soleil, à même le sol. Du sel sera rajouté, et des filets sont disposés au-dessus pour les protéger des oiseaux.
[Loiyangalani, comté de Marsabit, Kenya] Une femme trie des poissons séchés dans une coopérative. Les poissons sont triés et conditionnés avant d'être acheminés vers les marchés kényans et ceux des pays voisins.
CRÉDITS ET PERSPECTIVES
[Naimarei, comté de Marsabit, Kenya] Le marché hebdomadaire constitue un important lieu d'échange économique et social pour les paysans. Les communautés Rendille et Samburu parcourent parfois plusieurs dizaines de kilomètres pour y acheter ou vendre du bétail et des provisions.
[Naimarei, comté de Marsabit, Kenya] À l'ombre d'un acacia, au marché hebdomadaire, les transactions entre éleveurs et négociants s'effectuent principalement de manière informelle.
[Naimarei, comté de Marsabit, Kenya] Sous une hutte faite de branchages, Helen Harugura, 34 ans, vend du maïs et d'autres provisions aux communautés Rendille et Samburu des environs.
[Ngurunit, comté de Marsabit, Kenya] Les participantes d'un groupe d'épargne communautaire se réunissent chaque semaine. Au-delà de l'épargne et des prêts, le groupe est devenu un espace où les femmes s'entraident, partagent leurs difficultés pour prendre des décisions collectives.
[Ngurunit, comté de Marsabit, Kenya] À chaque réunion, les participantes du groupe d'épargne communautaire mettent un peu d'argent de côté. Cette épargne permet d'accorder des prêts aux membres qui souhaitent développer leur commerce ou acheter du stock. Une caisse est également alimentée pour répondre aux situations d'urgence, comme les frais médicaux ou les funérailles.
[Ngurunit, comté de Marsabit, Kenya] Dans sa boutique, Helen Harugura, 34 ans, discute avec son fils et une cliente. Elle a pu développer un commerce grâce au microcrédit accordé par son groupe d'épargne communautaire. Ses revenus lui procurent une plus grande autonomie financière et lui permettent de mieux faire face aux dépenses quotidiennes de sa famille.
LA MALNUTRITION GAGNE DU TERRAIN
[Lorus, comté de Marsabit, Kenya] Une femme Turkana nettoie des grains de maïs séchés, retirant les poussières et les résidus avant leur préparation. Dans les communautés du nord du Kenya, le maïs constitue un aliment de base essentiel, notamment lorsque les autres sources de nourriture se raréfient.
[Lorus, comté de Marsabit, Kenya] L'intervenante d'une ONG locale mesure la taille d'un enfant Turkana lors d'une évaluation nutritionnelle. Dans les régions arides du nord du Kenya, plus de 3 millions de personnes seraient confrontées à une situation d'insécurité alimentaire aiguë.
[Ilmoti, comté de Marsabit, Kenya] Un jeune garçon tient une calebasse de lait de dromadaire fraîchement trait. Pour les communautés pastorales du nord du Kenya, le lait constitue une source essentielle de nourriture, particulièrement en période de sécheresse.
INVOQUER LE CIEL ET LES ESPRITS
[Près d'Ilmoti, comté de Marsabit, Kenya] Des femmes Rendille se sont réunies au sommet d'une colline pour appeler la pluie. Lors de cette cérémonie, elles entonnent des chants, sautent en l'air et versent du lait sur le sol en offrande, dans l'espoir de voir revenir les pluies.
[Layeni, comté de Marsabit, Kenya] Une chèvre est sacrifiée lors d'une cérémonie El-Molo destinée à invoquer les esprits pour favoriser la pêche. Une fois cuite et découpée en parts égales, les hommes du village se partagent la viande de l'animal sacrifié.
[Loiyangalani, comté de Marsabit, Kenya] Une femme tenant des textes bibliques pénètre dans l'église catholique Mary Star of the Sea. Dans cette région où vivent notamment des El-Molo, des Turkana, des Samburu et des Rendille, l'église constitue un lieu de rencontre.
RECONSTRUIRE TOUJOURS PLUS HAUUT
[Komote, comté de Marsabit, Kenya] Le village El-Molo est désormais situé sur une île. Une étroite bande de terre le reliait autrefois au « continent », mais le niveau du lac a monté et l'a submergée.
[Komote, comté de Marsabit, Kenya] Un enfant est assis sur une embarcation devant l'ancienne église du village El-Molo, aujourd'hui à moitié submergée par les eaux du lac Turkana.
[Lorus, comté de Marsabit, Kenya] Des enfants récitent les lettres en anglais. L'absence de bâtiment scolaire oblige les enseignants à faire la classe en plein air, sous un acacia.
[Komote, comté de Marsabit, Kenya] Un élève de l'école primaire d'El-Molo Bay remplit sa bouteille avec l'eau du lac Turkana devant les anciens bâtiments scolaires et les palmiers, aujourd'hui à moitié engloutis.
[Layeni, comté de Marsabit, Kenya] Un homme démonte sa maison afin de la reconstruire plus en retrait. En quelques années, le niveau du lac Turkana est monté jusqu'à engloutir les bâtiments.
[Lorus, comté de Marsabit, Kenya] Une femme Turkana construit sa maison à partir de bâtons, de branches et d'herbes tressées, des matériaux locaux adaptés aux conditions arides de la région.
[Komote, comté de Marsabit, Kenya] Des élèves de l'école primaire d'El-Molo Bay se tiennent devant l'ancien portail de l'école, aujourd'hui submergé et abandonné.
[Ngurunit, comté de Marsabit, Kenya] Trois enfants se servent au point d'eau potable de Ngurunit, où chaque bidon d'eau coûte 20 shillings kényans à remplir.
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