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UKRAINE LE DOUBLE SACERDOCE D'UN PÈRE
KYIV + AHRONOMIYA (RÉGION DE MYKOLAÏV)  •  TEXTE ET PHOTOS © JULIE IMBERT / AGENCE ZEPPELIN
Civils et militaires, Ukrainiens et Russes : plus d'un million de personnes ont été blessées ou tuées depuis l'offensive lancée par le Kremlin le 24 février 2022. Dans les abris bombardés près du front comme dans le silence écrasant des logis endeuillés, les aumôniers se relaient pour offrir aux soldats et à leur famille un soutien indéfectible, spirituel et psychologique. Євгеній Копайгородський (Yevhenii), commandant et prêtre orthodoxe de 31 ans, nous accueille dans l'intimité de son foyer.  Un texte de 9 500 signes est disponible à la demande. 
[Kyiv, Ukraine, 24 février 2023] L'aumônier orthodoxe Yevhenii pose devant le Monastère Saint-Michel-au-Dôme-d'Or. « Cela fait déjà un an que nos frères se battent… toutes nos pensées sont tournées vers la paix. »





[Obukhiv, Ukraine, 4 novembre 2022] En périphérie de la capitale, devant l'église de l'Exaltation-de-la-Sainte-Croix, une phrase a été peinte en jaune, couleur du drapeau national, dès les premiers mois de la guerre : « l'Ukraine vaincra ». Les lieux de culte restent très fréquentés par les fidèles, notamment des femmes.


[Kyiv, Ukraine, 27 novembre 2025] Extrêmement sollicité d'un bout à l'autre de la capitale, l'aumônier se déplace avec une voiture décorée par ses soins et une autorisation de circuler après le couvre-feu. Lorsqu'il doit partir en mission auprès de soldats basés dans d'autres régions du pays, il monte à bord de véhicules militaires.
[Kyiv, Ukraine, 24 février 2024] « Mon épouse et moi expliquons à nos enfants que Dieu nous a tous créés libres et que chaque personne choisit le bien ou le mal. Nos ennemis ont choisi la voie du mal, de l'agression et du meurtre, tandis que nous choisissons de protéger ceux que nous aimons », confie Yevhenii à l'issue d'une messe célébrée dans la cathédrale de la Dormition.





[Kyiv, Ukraine, 24 février 2024] « Comment préserver l'innocence de sa famille quand on est amené à voir le pire de l'humanité ? » est l'une des questions que se posent les nouvelles recrues.


[Kyiv, Ukraine, 24 février 2024] À la lueur des bougies déposées par des militaires, Yevhenii enlève avec soin la parure dorée qu'il a portée pendant la cérémonie religieuse.


[Kyiv, Ukraine, 1er décembre 2025] Place Maïdan, jour 1 376 depuis le début de l'offensive russe. Traversé par la rue Khreschatyk, le centre-ville de la capitale a vu naître en 2022 un mémorial citoyen devenu immense. Parmi les photographies exposées aux intempéries, on peut distinguer des portraits de femmes qui ont décidé de prendre les armes pour défendre les frontières ukrainiennes.


[Kyiv, Ukraine, 1er décembre 2025] En 2014, les photographies, noms et dates de naissance des soldats décédés dans le Donbass ont commencé à apparaître, tout près du Monastère Saint-Michel-au-Dôme-d'Or, sur un mur de plusieurs dizaines de mètres de long. Depuis 2022, le mémorial s'est agrandi et aujourd'hui, les familles peinent à trouver un endroit où coller une image de leurs héros.
[Kyiv, Ukraine, 3 mars 2025] Des cortèges funéraires sillonnent régulièrement les rues de la capitale. Sur la place de l'Indépendance, militaires et civils se recueillent en mémoire du soldat Andrii Reznichenko, plus connu sous le nom de « Kozak ». Ce père de famille, né en 1987, avait rejoint l'armée le 5 juin 2022.





[Kyiv, Ukraine, 3 mars 2025] Des cortèges funéraires sillonnent régulièrement les rues de la capitale. Sur la place de l'Indépendance, militaires et civils se recueillent en mémoire du soldat Andrii Reznichenko, plus connu sous le nom de « Kozak ». Ce père de famille, né en 1987, avait rejoint l'armée le 5 juin 2022.


[Kyiv, Ukraine, 13 avril 2025] Devant son temple, l'aumônier Yevhenii bénit les fidèles venus célébrer le Dimanche des Rameaux, l'une des cérémonies les plus importantes de l'année pour les Orthodoxes. « Ces prêtres sont, en quelque sorte, nos gilets pare-balles spirituels », confie un jeune militaire.
[Kyiv, Ukraine, 3 juin 2025] Поділ (Podil), quartier historique situé près du fleuve Dnipro, est appelé par certains le « Montmartre ukrainien ». Les habitants de la capitale, notamment les jeunes artistes, s'y retrouvent pour animer des ateliers ou des ventes d'œuvres, dont les recettes sont parfois reversées à l'armée. En cet après-midi de juin, deux écoliers admirent la vue.





[Kyiv, Ukraine, 24 mai 2025] Tetiana échange avec deux membres de sa troupe de théâtre qui jouent une pièce intitulée « Розплітання », qui pourrait se traduire par « Démêlage de cheveux », une tradition populaire des enterrements de vie de jeune fille. Pour l'équipe du centre culturel DRAMAN Theatres Trust, à l'origine du projet, l'art dramatique constitue une véritable bouée de sauvetage pour ces dix comédiennes amatrices, toutes mariées à des soldats ukrainiens.


[Kyiv, Ukraine, 24 mai 2025] L'épouse de l'aumônier a été sélectionnée pour interpréter le personnage principal. Sur la scène du « Молодий театр », elle devient Sofia, une jeune femme qui s'apprête à épouser un soldat nommé Andriy. « Ce spectacle était une thérapie pour moi, un vrai cadeau pendant cette période difficile », s'exclame-t-elle en adressant un regard tendre à Yevhenii. Il est l'un des rares militaires qui a réussi à se libérer pour venir voir la pièce de théâtre.
[Ahronomiya, région de Mykolaïv, Ukraine, 8 juin 2025] Le jeune commandant l'avait promis à son fils : « Quand nous irons chez tes grands-parents, nous goûterons les petits pois du jardin ! » Il avait souri d'un air malicieux et serré Yefrem dans ses bras. « Ces moments de partage sont merveilleux, ils n'ont pas de prix », murmure Tetiana avant de reprendre une gorgée de thé vert.





[Ahronomiya, région de Mykolaïv, Ukraine, 9 juin 2025] En ce lundi de Pentecôte, c'est jour de fête dans le village. « C'est ici, à Ahronomiya, que Yevhenii a découvert l'Église et a fait ses premiers pas, dans cette direction-là. Le voici revenu en tant qu'aumônier », confie sa mère avant d'ajouter : « je suis si fière de l'homme qu'il est devenu. » Derrière elles, les grands-mères du village semblent elles aussi émues de recevoir la bénédiction de la part de cet enfant qui a grandi parmi elles.


[Ahronomiya, région de Mykolaïv, Ukraine, 9 juin 2025] À une exception près, la petite église est remplie de femmes. Malgré le retentissement des sirènes la nuit précédente et une chaleur écrasante accentuée par le foulard noué sur la tête, de nombreuses villageoises ont tenu à assister à ce moment de partage. Les hommes sont aux champs ou dans un bataillon de l'armée. À l'entrée du village, un mémorial rend hommage à ceux qui sont partis au pays des étoiles.
[Ahronomiya, région de Mykolaïv, Ukraine, 9 juin 2025] Après avoir déposé au sol des bocaux remplis d'eau pour qu'elle soit bénie par les prêtres orthodoxes, les Ukrainiennes se recueillent. Leur prière fait écho à celle de milliers de бабуся (grands-mères) dispersées dans tout le pays. Certaines demandent secrètement la protection de leurs proches, d'autres prient pour recevoir un message, un appel, de la part de leur soldat chéri. Chaque parole de soutien de la part de Yevhenii est finalement un rempart contre l'effondrement psychologique de la population, plongée dans la guerre depuis bientôt quatre ans.





[Oleksandrivka, région de Mykolaïv, Ukraine, 9 juin 2025] « C'est presque une méditation, un moment calme et apaisant », explique le commandant avant de lancer un hameçon dans l'étendue bleue. Grâce à cette partie de pêche, à quelques kilomètres d'Ahronomiya, il s'éloigne un peu des réseaux sociaux et des terribles vidéos relatant les attaques aériennes nocturnes qui ont eu lieu dans la capitale.


[Oleksandrivka, région de Mykolaïv, Ukraine, 9 juin 2025] Debout dans la rivière où elle s'amusait lorsqu'elle était jeune, Lyudmila observe ses petits-enfants. La mère de Tetiana semble légèrement perdue dans ses pensées. Son mari et son gendre n'aimant pas l'eau fraîche, ils préfèrent sortir les cannes à pêche. Depuis le début de la guerre, les instants en famille sont rares et tous souhaitent en profiter.


[Ahronomiya, région de Mykolaïv, Ukraine, 11 juin 2025] Les enfants ont terminé leur cabane, Solomiia casse maintenant des noix pour les partager avec son frère et sa cousine pendant que l'aumônier coupe les cheveux de son père. Certains villageois préfèrent contacter la coiffeuse à domicile, mais Yevhenii prend plaisir à s'occuper de son тато.


[Canyon d'Aktovsky, région de Mykolaïv, Ukraine, 10 juin 2025] Le temps semble avoir suspendu sa course : l'aumônier et son épouse rient et s'enlacent. « De jolis souvenirs nous reviennent… ça fait tellement longtemps que nous n'étions pas venus ici ! » s'exclame le couple, oubliant pendant quelques secondes la guerre et ses ravages.
[région de Mykolaïv, Ukraine, 12 juin 2025] Le jeune commandant et son fils se promènent près d'un tank, au Musée des forces stratégiques de missiles. Né pendant la guerre et âgé de 2 ans sur cette photographie, Yefrem semble s'être habitué aux paysages militarisés.





[Kyiv, Ukraine, 11 novembre 2025] Yefrem célèbre son troisième anniversaire en petit comité, dans un restaurant de sushis situé à côté d'une aire de jeux. Il semble avoir déjà oublié l'attaque aérienne qui l'a réveillé tôt dans la matinée. Ses parents font un vœu : que leurs enfants grandissent dans un pays en paix.


[région de Kharkiv, Ukraine, 17 novembre 2025] Malgré la loi votée pendant la guerre interdisant les activités de l'Église orthodoxe prorusse sur le territoire ukrainien, la population du pays natal de Yevhenii fait toujours partie des plus grandes communautés orthodoxes au monde. Ci-contre il est écrit en russe « Sauve et protège ».


[Kyiv, Ukraine, 27 novembre 2025] « Bienvenue dans notre temple militaire ! Je l'ai aménagé moi-même, pour que les soldats soignés dans ce bâtiment puissent venir se recueillir. Notre localisation doit rester secrète », murmure l'aumônier. Soigneusement disposés sur une table recouverte d'un tissu aux motifs militaires, plusieurs exemplaires du Nouveau testament sont mis à disposition des soldats. Les petits morceaux de plâtre tombés près des carnets sont des témoins silencieux de la dernière attaque de drone.


[Kyiv, Ukraine, 27 novembre 2025] Pour protéger ses frères d'armes, qui ne doivent surtout pas être repérés, Yevhenii préfère maintenir les volets fermés. Lorsque la lumière disparaît, suite aux bombardements d'infrastructures électriques, l'aumônier utilise des bougies. Depuis l'offensive russe de 2022, cet hiver est le plus difficile à supporter : les coupures de courant dans la capitale durent parfois 17 heures d'affilée et depuis le mois de janvier, la température extérieure avoisine les -15°C.
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LA PHOTOGRAPHE  JULIE IMBERT
Des trains de nuit ukrainiens à l'Amazonie, en passant par des tranchées bordant l'Arménie, Julie part à la recherche de récits inspirants. Photojournaliste indépendante originaire du sud-ouest de la France où elle étudie les langues étrangères et la création littéraire, elle commence par assembler écriture et photographie dans ses carnets de voyage. Pour son premier reportage, publié en Espagne, elle s'immisce sur le terrain de football de la Villa 31, bidonville argentin où de jeunes femmes tentent de gagner du terrain. Animatrice d'ateliers d'écriture créative et directrice littéraire du recueil de nouvelles bilingues Bacatá (Colombie), elle se consacre essentiellement à des projets documentaires au long cours.