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LES SUPER-POUVOIRS DU FROID
CHAMONIX, LILLE & BRUXELLES © ZEPPELIN

Il s'appelle Romain Vandendorpe. Il a 32 ans. Il est marié et père de trois enfants. Passionné depuis toujours par la « mécanique » du corps humain et les neurosciences, ce kinésithérapeute-ostéopathe et hypno-thérapeute s'est lancé dans un défi fou et ambitieux : entrer dans le Guinness Book en battant le record du monde d'immersion dans la glace d'1h52 actuellement détenu par un Chinois.

Sortir de sa zone de confort et dépasser ses limites pour mener à son terme son défi, c'est le leitmotiv de Romain durant un an pour prouver aux gens par l'expérience qu'ils ont tous la capacité de se transformer pour atteindre leurs objectifs, à condition de s'entrainer, de faire les efforts nécessaires afin que la réussite soit au rendez-vous.

Pour réussir ce challenge, Romain s'est lancé dans une préparation minutieuse. Durant une année, il va sculpter autant son corps que son mental, via un entraînement physique très poussé, un régime alimentaire drastique un suivi médical de pointe et la gestion de milliers de données physiologiques et neuronales sous la houlette du professeur Costantino Balestra, docteur en physiologie au laboratoire Paul-Henry Spaak de Bruxelles.

Un drame a tout déclenché. Printemps 2018, Romain est sollicité (comme souvent quand il n'y a plus d'espoir) pour se rendre au chevet d'Augustine, une petite fille de 4 ans atteinte d'une tumeur agressive du tronc cérébral. Cette rencontre va beaucoup l'affecter d'autant que « Wonder Augustine » décèdera 48 heures après son passage. Choqué et en colère contre cette profonde injustice, il réfléchit à un acte fort. Ainsi naît le projet Neuro Ice Record autant pour titiller les limites du corps humain qu'améliorer les sciences cognitives et secouer les consciences en montrant au quidam que l'on peut dépasser ses limites et que l'on est capable de beaucoup plus que ce que l'on croit. Une manière également de faire parler de la lutte contre les cancers chez les enfants et de récolter des fonds pour l'association « Wonder Augustine » créée par les proches de la petite fille décédée.

[Chamonix, France] « On a tous la capacité de se transformer pour atteindre son objectif. » C'est ce que Romain veut prouver par l'expérience du froid.





[Chamonix, France] Pour gérer le stress et la douleur qu'induit le froid, Romain pratique l'autohypnose. Cette forme de méditation lui permet de se détendre et d'être à l'écoute de son organisme.


[Chamonix, France] Immergé dans le lac Bleu que domine l'Aiguille du Midi, Romain s'entraîne à résister au froid : « J'ai déjà fait 55 minutes dans une eau à 3°C, mais là 0°C… c'est vraiment plus dur ! » avoue le challenger.


[Chamonix, France] Depuis mars 2019, Romain entreprend de sculpter son corps autant que son mental, puisant ses ressources dans le sport, la science et la spiritualité : « Ce qui m'intéresse, c'est moins le record que le chemin pour y parvenir, » résume-t-il.


[Chamonix, France] « Si je devais battre le record dans la neige, ce serait facile ! » se vante Romain. Il ignore encore les conditions précises du record puisque le Guinness World Records exige plusieurs milliers de livres sterling pour fournir les modalités, et ce, avant même qu'il tente de le battre.
[Wervicq-Sud, France] D'abord kinésithérapeute, puis ostéopathe, Romain dirige aujourd'hui deux cabinets où travaillent une trentaine de praticiens. Derrière lui, Jessy observe les gestes assurés du patron.





[Lille, France] Professionnel de la santé, il propose aujourd'hui d'appliquer les techniques neurocognitives dans le management : « Je veux partager ça parce que tout le monde peut le faire, » affirme celui qui préfère parler de « neurocoaching » plutôt que d'hypnothérapie. Ici, il organise des jeux lors d'une plénière du Centre des jeunes dirigeants d'entreprise (CJD).


[Comines-Warneton, Belgique] Installé en Wallonie, Romain vit avec sa femme et leurs trois enfants : « Michèle m'apporte un soutien quotidien dans mon projet. Je n'y arriverai jamais sans elle, » reconnaît le trentenaire sous le regard admiratif de son fils Loucas.
[Bruxelles, Belgiques] Romain réalise un test d'efforts sur une bicyclette ergométrique : « Tu produis 338 watts à ton pic de ventilation, et tu tiens le coup jusque 345. Tu respires plus de CO2 que d'oxygène, et t'arrives encore à faire monter les watts. La plupart des gens s'arrêteraient là, mais toi t'as un sacré mental ! » décrypte Costantino Balestra, directeur du Laboratoire de physiologie intégrative à la Haute école Bruxelles-Brabant.





[Bruxelles, Belgique] Dans son bain glacé, Romain sent parfois venir des crampes. « Ça arrive quand tu manques d'oxygène. Et après, c'est la nécrose. Or faudrait pas à la fois battre le record et perdre tes deux jambes ! » prévient Costantino, non sans humour. « Il faut trouver des astuces, mais si tu bouges, tu te refroidis. Donc le défi est là aussi, » rajoute le physiologue qui lui propose de séjourner dans le caisson hyperbare de l'Institut supérieur d'ergothérapie et de kinésithérapie (ISEK).


[Bruxelles, Belgique] Pour réduire le risque de crampe, le professeur Balestra préconise de respirer de l'oxygène pur pendant 2 heures et ce, 24 heures avant le défi. L'intermittence de l'oxygène (son augmentation, puis sa diminution) fait croire aux cellules qu'elles sont en état d'hypoxie, ce qui provoque la sécrétion d'érythropoïétine, une hormone qui entraîne l'augmentation du nombre de globules rouges dans le sang.
[Tourcoing, France] Quatre fois par semaine, Romain fait des séances d'entraînement croisé, dit crossfit. Sous la houlette de Stan, son coach personnel, il combine gymnastique, force athlétique et cardio. « Push harder ! Dominate this day ! It's time to unleash the beast ! » : il est 8h15 et la musique préférée de Romain résonne déjà dans la salle de sport.





[Bruxelles, Belgique] Romain mesure 1,83 m pour 93 kg. Son métabolisme de base s'élève à 2268 kcal/jour, tandis qu'on situe celui d'une personne normale à 2500 : « C'est bien qu'il soit bas, ça veut dire que je ne consomme pas trop d'énergie, » analyse-t-il. Depuis six mois qu'il fait du sport de manière intensive, il a pris 2 kg de muscles, mais son indice de masse grasse n'a pas baissé : « L'idéal pour faire du sport, c'est de ne pas dépasser 12 %. Moi je suis à 16 %, mais c'est pas plus mal… la graisse me protégera du froid, » rajoute-t-il sans plaisanter.


[Tourcoing, France] A bout de souffle, Romain enchaîne les exercices que Stan lui impose, comme ici au rameur : « Au-delà de la performance globale, mon objectif est de lui permettre d'accepter la douleur pour aller outre, » justifie l'entraîneur, lui-même champion du monde de full-contact.
[Comines-Warneton, Belgique] Tous les matins, à 6h30, Romain s'entraîne dans l'eau glacée. Il utilise un congélateur-coffre disposé dans le garage de sa maison. C'est ainsi qu'il veut battre le record du monde d'immersion dans la glace, actuellement de 1h52. En 6 mois, il est passé de 10 à 40 minutes. A chaque fois, il essaye de rester plus longtemps, grappillant minute après minute, pénétrant toujours un peu plus dans l'inconnu : « Ma règle c'est le chrono. Parce que si je dépasse le temps prévu, je ne suis pas sûr d'avoir les capacités physiologiques pour sortir de là, » prévient l'aventurier.





[Comines-Warneton, Belgique] Romain doit régulièrement s'assurer que l'eau ne se transforme pas en un glaçon de 400 litres. Il programme la congélation pendant la nuit, et au petit matin il casse la glace qui s'est formée sur les parois (ici avec un tournevis).


[Comines-Warneton, Belgique] Après avoir réglé son chronomètre, Romain rentre délicatement dans l'eau glacée. Il applique ses bras contre son torse, plonge un pied, puis l'autre. Il s'immerge rapidement jusqu'aux épaules, le dos contre la paroi. Il expire bruyamment avant de fermer les yeux.
[Comines-Warneton, Belgique] « Hier, pendant que j'étais dans la glace, j'ai senti pendant un instant que mon cœur s'arrêtait. C'était comme si j'accrochais quelque-chose à un fil, comme si mon cœur s'était mis en apnée. D'un seul coup, j'étais bien, » rapporte Romain qui ne sait pas s'il a fait une hypoxie cérébrale, une arythmie cardiaque, ou si son corps a subitement sécrété un cocktail d'adrénaline (excitant) et d'enképhaline (calmant).





[Comines-Warneton, Belgique] Equipé d'un capteur de fréquence cardiaque, Romain sait qu'il descend à 25, voire 20 pulsations par minute, ce qui déconcerte son médecin : « Les scientifiques n'aiment pas l'idée que je baisse trop mon rythme cardiaque, alors que les spirits, eux, ils me disent : Vas-y… c'est dans les textes ! Mais quand je leur dis que j'ai besoin de la colère pour me dépasser… ils me disent : surtout pas, ne va pas là-dedans ! »


[Comines-Warneton, Belgique] Pour se motiver, Romain écoute de la musique épique, celle qui mêle des violons aux percussions puissantes : « Pour moi, la colère est un atout, car la rage m'aide à me surpasser, » explique-t-il avant d'entrer dans un profond silence. D'un jour à l'autre, la morsure du froid est plus ou moins douloureuse : « Il m'arrive de faire des convulsions, mais ça j'aime… c'est une vraie bagarre ! »
[Comines-Warneton, Belgique] Michèle passe dans le garage pour voir si son mari n'est pas en difficulté : « J'essaie de rester discrète pour ne pas le déconcentrer, » chuchote-t-elle, respectueuse de son défi.





[Comines-Warneton, Belgique] Après une demi-heure passée dans l'eau glacée, Romain sort engourdi. Le froid a provoqué une constriction des vaisseaux, réduisant la circulation sanguine censée réguler la température corporelle. Concrètement, la surface de son corps est descendue à 12°C.


[Comines-Warneton, Belgique] Ultime étape de son entraînement quotidien, le sauna lui permet de se réchauffer de l'intérieur grâce à l'air chaud et humide qu'il y respire : « Après une immersion de 40 minutes dans le froid, j'ai besoin de 1h30 pour me réchauffer avec des couvertures, alors que 15 minutes me suffisent dans un sauna, » assure-t-il.
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Géographes et photojournalistes, Bruno VALENTIN et Julien PANNETIER ont fondé ZEPPELIN en 2008. Ils voyagent pour comprendre comment les Hommes gèrent et utilisent l'espace. Ils travaillent main dans la main pour réaliser des reportages et les proposer à la presse française et internationale. Du golfe du Bengale à l'aiguille du Midi, des moines de la Grande Chartreuse aux officiers de la Marine nationale, ils signent toutes leurs images ZEPPELIN.