REPORTAGES PUBLICATIONS CONTACT
CITÉ DES MORTS LES VIVANTS DÉLOGÉS
AL-QARAFA, LE CAIRE, ÉGYPTE  •  PHOTOS © ANTOINE MERLET / AGENCE ZEPPELIN
L'une des plus vastes nécropoles du monde musulman est en train d'être démolie. Fondée au VIIe siècle, al-Qarafa abrite de nombreux tombeaux toujours en usage. Un cimetière de plus de 1 000 hectares qui a la particularité d'être habité par des milliers de familles. Nichée en plein cœur de la capitale égyptienne, celle que l'on surnomme « la Cité des morts » est aujourd'hui victime de la pression foncière. Depuis 2020, divers projets d'aménagement grignotent cet ensemble patrimonial malgré sa reconnaissance par l'UNESCO et l'opposition des descendants. Les habitants, eux, sont incités à partir.  LIRE LA SUITE
[Al-Hattaba, Le Caire] Assis sur les ruines d'une ancienne mosquée détruite par l'armée de Bonaparte lors de la campagne d'Égypte (1798-1801), Khalifa et son neveu Malik observent le cimetière et, au loin, la mégapole du Caire.





[Al-Hattaba, Le Caire] Au cœur du quartier, Mohammed crée des sculptures en pierre représentant des divinités de l'Égypte antique.


[Al-Hattaba, Le Caire] Concentré sur un touret, un jeune artisan polit soigneusement un tambour en argile incrusté de coquillages.


[Al-Hattaba, Le Caire] Ahmed joue au foot au milieu des tombeaux qu'il appelle son « jardin ». L'espace funéraire accueille divers usages domestiques, comme ici avec des vêtements qui sèchent sur les sépultures.


[Al-Hattaba, Le Caire] Kharim est gardien de cimetière. Résidant sur place, il entretient les tombeaux et accueille les familles venues se recueillir. Pendant plusieurs années, il a lui-même habité dans cette « maison ».
HABITER CHEZ LES MORTS
[Qaytbay, Le Caire] Une femme se recueille devant une tombe située dans la cour de sa maison, au cœur du cimetière. Comme d'autres habitants, elle combine sa vie domestique avec les rituels funéraires au même endroit.





[Al-Ghafeer, Le Caire] Des commerçants préparent un plat emblématique de la street food cairote, la mesaqa'ah, une préparation d'aubergines, piments et légumes mijotés avec des épices. Elle est cuisinée dans de grandes poêles et servie chaude, souvent accompagnée de pain.


[Al-Tonsy, Le Caire] L'élevage des pigeons génère une vaste économie. Le guano est vendu comme un précieux engrais, tandis que certains pigeons sont destinés à la consommation ou aux loisirs, illustrant l'ingéniosité urbaine des Cairotes. Ci-contre, les citadins échangent volontiers leurs bêtes.


[Al-Hattaba, Le Caire] Dans un café situé au milieu du cimetière, des habitués viennent fumer la chicha, boire un café ou regarder la télévision.


[Al-Hattaba, Le Caire] Au sein de la mosquée du Sultan Hassan, des musulmans viennent se recueillir devant le tombeau de l'imam Ahmed Al-Rifai.
UN AVENIR EN OMBRES ET LUEURS
[Al-Hattaba, Le Caire] Au sein de la mosquée du Sultan Hassan, les fidèles peuvent admirer d'immenses colonnes en stuc et diverses parois en marbre. Disposé en panneaux polychromes et en incrustations raffinées, ce matériau noble structure l'espace et confère à l'ensemble une élégance solennelle, caractéristique de l'architecture mamelouke.





[Al-Hattaba, Le Caire] Un mausolée a été converti en habitation par une famille qui se l'est approprié il y a plus de 40 ans, comme beaucoup d'autres. Ici, une femme vient chaque jour pour nettoyer le tombeau où son fils a été récemment enterré. Le site continue ainsi d'être à la fois un espace de mémoire et un cadre de vie pour la famille.


[Al-Hattaba, Le Caire] Khalifa Mosa, chauffeur de tuktuk et rappeur, accueille Mostafa, directeur d'une école supérieure culturelle, pour déjeuner sur la terrasse de sa maison familiale. Khalifa aimerait devenir acteur, mais Mostafa l'encourage à poursuivre sa carrière de chanteur. Ensemble, ils partagent leur passion pour la musique.


[Al-Khalifa, Le Caire] Deux amis regardent le clip de Mohamed Khalifa qui dénonce la démolition de son quartier : al-Hattaba (الحطابة عنواني). Mostafa (en bleu) habite dans un immeuble collé au cimetière : il est directement concerné par cette menace et ne peut rien faire pour empêcher son exécution.


[Al-Hattaba, Le Caire] Ahmed, 15 ans, habite au sein des « habitations funéraires » avec sa famille. Dans ce secteur de la Cité des morts, peu de citadins peuvent encore occuper ce type de logement – il faut généralement qu'un membre de la famille soit un gardien du cimetière, ce qui est le cas du père d'Ahmed et de son oncle.
[Al-Ghafeer, Le Caire] Une fois la nuit tombée, des adolescents jouent au foot dans le cimetière d'al-Ghafeer.





[Al-Hattaba, Le Caire] Dans ce quartier, comme dans les cimetières voisins, la politique du gouvernement est la même : laisser les maisons se détériorer pour que les habitants partent d'eux-mêmes. Mais presque tous n'ont pas les moyens de s'installer ailleurs et restent malgré le mauvais état sanitaire.


[Al-Hattaba, Le Caire] Kharim observe un tombeau qui se distingue par sa structure en pierre élevée. Les parois présentent des motifs finement sculptés et des inscriptions calligraphiques de versets coraniques. La pierre polie et les décorations sobres soulignent à la fois solennité et raffinement du lieu de repos.
LE FONCIER SOUS PRESSION
[Al-Ghafeer, Le Caire] L'agglomération cairote abrite plus de 20 millions d'habitants, et les quartiers jouxtant la Cité des morts sont très denses. La hauteur des bâtiments et l'étroitesse des rues illustrent la pression foncière à proximité des tombes.





[Qaytbay, Le Caire] La pression démographique pousse la ville à s'étendre sur ses marges historiques, comme ici à Qaytbay, où le cimetière est pris en tenaille entre les nouveaux immeubles et la rocade périphérique. Faute d'espace, ces quartiers funéraires sont progressivement grignotés, déplacés ou transformés.


[Qaytbay, Le Caire] Dans certains secteurs du cimetière, les habitants se réveillent en découvrant des inscriptions peintes à la bombe sur les murs, annonçant des opérations de délogement ou de démolition. Ces marques officielles signalent que les tombes et habitations feront place à de vastes projets d'aménagement.
LA DIPLOMATIE DU BULLDOZER
[Al-Khalifa, Le Caire] De nombreux travaux sont en cours le long de la route Salah Salem qui longe le cimetière Al-Khalifa. Inexorablement, les chantiers de béton modifient le paysage urbain et son caractère patrimonial.





[Al-Khalifa, Le Caire] Hafez observe les inscriptions gravées sur un tombeau : « Ô vous qui voyez ma tombe, ne soyez pas surpris par mon destin. Demain, vous serez comme moi. Ici repose Muhammad Ibrahim Mahmoud, décédé le 8 juin 1915 ». Trois ans plus tôt, cette tombe était encore dans l'enceinte de sa maison.


[Al-Khalifa, Le Caire] Une tombe a été vidée de sa dépouille sur injonction des autorités. Au second plan, un homme observe la scène avec consternation : il n'est pas imam, mais c'est lui qui officie lors des cérémonies d'inhumation. Son regard souligne la perte de repères et la violence symbolique infligée à cet espace funéraire.
LE VACILLEMENT DES ÂMES
[Al-Khalifa, Le Caire] Hafez vit depuis trois ans dans les ruines de son ancienne maison, détruite avec une partie du cimetière en mai 2023. Le vieil homme dort sur un simple matelas, sous un abri de fortune qui le protège à peine de la pluie. Affaibli, il garde en permanence une poche d'urine à la main, faute d'accès à des soins ou à des sanitaires. À quelques mètres seulement de son lit passe désormais une grande route asphaltée.





[Al-Hattaba, Le Caire] Un homme et sa petite-fille se déplacent entre les bâtiments et les ruines.


[Al-Tonsy, Le Caire] Le marché se tient au milieu des tombes qui ont survécu aux destructions.


[Al-Hattaba, Le Caire] Adel se recueille devant l'une des tombes présentes dans la cour de son habitation funéraire. Très attentif et concerné, il entretient les tombes du mieux qu'il peut.


[Al-Duwaiqa, Le Caire] Un homme montre à sa fille les pigeons qu'il élève. Érigés sur un grand nombre de toits au sein de la capitale, les pigeonniers sont destinés aux loisirs et au commerce.
VOIR TOUTES LES IMAGES
LE PHOTOGRAPHE  ANTOINE MERLET
Photoreporter indépendant, Antoine travaille pour la presse régionale et nationale. Après avoir donné des cours de sport pendant cinq ans, il s'est engagé dans le journalisme, orientant ses travaux vers les luttes sociales. Il aime prendre le temps de comprendre un sujet avant de s'y engouffrer. Exposé aux Rencontres d'Arles en 2017, à la Galerie VU' en 2020, et projeté au festival Visa pour l'image en 2021, il sait sortir de sa zone de confort pour travailler avec des rédactions comme M Le Monde, Télérama, Le Figaro, Libération, La Croix, ou encore Vice.