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TIGRÉ ANNÉE ZÉRO
ÉTHIOPIE  •  PHOTOS © LUCIEN MIGNÉ / AGENCE ZEPPELIN
Après deux ans d'une guerre qui prit fin en novembre 2022, la question du Tigré occidental n'est toujours pas résolue. Près d'un million de réfugiés attendraient encore dans des camps. Un an plus tard, les détournements de l'aide humanitaire, la pénurie d'engrais agricoles, la révolte des miliciens amharas, et les nombreux assassinats politiques plongent à nouveau le pays dans l'instabilité. Pire, la commission de l'ONU chargée d'enquêter sur de possibles crimes de guerre vient d'être abandonnée. Reportage sur des charbons ardents.  LIRE LA SUITE
[26 juillet 2023, Idaga Arbi, Éthiopie] Les Tigray Defence Forces célèbrent la démobilisation de 50 000 soldats à travers toute la région du Tigré. Cette formation paramilitaire, branche armée du parti politique du Front de Libération du Peuple du Tigré (TPLF), a combattu l'armée fédérale éthiopienne et l'armée érythréenne pendant les deux ans de guerre. Sur la banderole où figurent des généraux et des politiciens tués pendant la guerre, on peut lire « Nos martyrs adorés, nous sommes fiers de votre sacrifice ! Vous êtes nos héros ! ».





[26 juillet 2023, Idaga Arbi, Éthiopie] Les Tigray Defence Forces défilent dans la rue pour fêter la démobilisation de 50 000 soldats. Au commencement du conflit en novembre 2020, une grande partie de la jeunesse tigréenne avait rejoint leurs rangs en réaction aux massacres perpétrés contre les civils. En 2020, le nombre de soldats des Tigray Defence Forces était estimé à 250 000 selon l'ONG International Crisis Group. Leur nombre à l'heure actuelle est inconnu.


[30 juillet 2023, Mekele, Éthiopie] Des soldats des Tigray Defence Forces posent avec leurs armes lors de la cérémonie de démobilisation organisée dans le district de Mekele. Comme le prévoit l'accord de paix de Pretoria signé le 2 novembre 2022 entre le Front de Libération du Peuple du Tigré (TPLF) et le gouvernement fédéral éthiopien, dirigé par le premier ministre Abiy Ahmed, les soldats des Tigray Defence Forces sont à présent cantonnés dans des bases militaires.
[23 juillet 2023, Shire, Éthiopie] Vue d'ensemble du camp pour personnes déplacées « Freswat ». Les 18 camps de la ville de Shire abritent environ 300 000 personnes. C'est la ville la plus proche du Tigré occidental, alors toujours occupée par la milice amhara Fano. Une grande majorité des camps ne disposent ni de l'eau courante, ni de l'électricité.





[29 juillet 2023, Mekele, Éthiopie] La plupart des habitants des camps pour personnes déplacées passent leurs journées à mendier dans les quartiers riches des villes. Après les deux ans de guerre qui ont déchiré la région, une petite partie des habitants du Tigré a retrouvé un mode de vie aisé.


[22 juillet 2023, Aksoum, Éthiopie] Dans l'école religieuse du camp pour personnes déplacées « Axum Secondary School », des enfants récitent la Bible devant le directeur de l'école Eshi Garensea, 63 ans. Comme tous les prêtres qui y enseignent, il vit dans le camp et travaille bénévolement.
[17 juillet 2023, Abiy Addi, Éthiopie] Partout dans le Tigré, les écoles ont été réquisitionnées pour accueillir les réfugiés, comme ici dans la « Preparatory School » ; ils viennent pour la plupart du Tigré occidental et des zones frontalières du Tigré. Selon l'Organisation Interne pour les Migrations (IOM), leur nombre s'élèverait à 950 000.





[17 juillet 2023, Abiy Addi, Éthiopie] Au sein du camp pour personnes déplacées « Preparatory School » moisissent quelques morceaux d'injera récoltés dans les restaurants du centre-ville. Depuis le 9 juin 2023, le Programme alimentaire mondial (PAM) et l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) ont interrompu leurs distributions de nourriture en raison d'un vaste scandale de détournement.


[24 juillet 2023, Shire, Éthiopie] Mekerti, 17 ans, vit dans le camp de personnes déplacées « Tsegay ». Après avoir été violée par trois soldats de la milice amhara, elle est tombée enceinte et a perdu la raison. Les hôpitaux publics ne disposant pas de services psychiatriques gratuits, sa mère Tabere, 50 ans, s'occupe d'elle et de son enfant. Elle l'attache à son lit pour faire face à ses crises imprévisibles.


[21 juillet 2023, Aksoum, Éthiopie] Une habitante du camp pour personnes déplacées « Axum Secondary School » remplit à l'aide de seaux les sacs de blé. Providentielle, cette denrée a été financée par la diaspora tigréenne, qui réside principalement aux États-Unis, en effectuant une collecte de fonds pour tenter de faire face à la situation alimentaire critique des réfugiés tigréens.


[18 juillet 2023, Abiy Addi, Éthiopie] Latay, 32 ans, prépare le café sous le regard de Letebran, 38 ans, dans une salle de classe de la « Korea School », réquisitionnée pour abriter les personnes déplacées. Elles dorment toutes les deux dans cette pièce, avec leurs maris et leurs trois et cinq enfants respectifs. La plupart des camps au Tigré ne disposent ni de l'eau courante, ni de l'électricité.
[16 juillet 2023, Yechila, Éthiopie] Entre le 17 et 19 juin 2021, le Front de Libération du Peuple du Tigré (TPLF) attaqua l'armée fédérale éthiopienne dans la zone du village de Yechila. Cet affrontement, qui fut un des plus meurtriers de la guerre, fut remporté par le TPLF, qui reprit ensuite la capitale de la région Mekele, le 28 juin 2021. Une partie des habitations du village de Yechila furent détruites pendant le conflit, puis pillées.





[19 juillet 2023, Adoua, Éthiopie] Berihu Tahame, 43 ans, marche dans les bureaux de l'usine de textile désaffectée Almeda. Il y travaillait comme garde avant qu'elle ne soit occupée par les forces érythréennes, puis détruite en janvier 2021. Les 5600 salariés sont alors partis se réfugier dans les montagnes.


[1er août 2023, Mekele, Éthiopie] Hagos Alena (le nom a été modifié), 38 ans, travaille en tant qu'expert en communication au sein de l'administration régionale intérimaire du Tigré. Il gère la collecte et la préservation des archives photographiques et vidéographiques en lien avec la guerre du Tigré.
[16 juillet 2023, Yechila, Éthiopie] Des enfants ramassent au sol le métal des engins de guerre détruits pour le revendre ensuite au poids. La bataille de Yechila, une des plus importantes de la guerre du Tigré, eut lieu entre le 17 et le 19 juin 2021. La victoire des Tigray Defence Forces sur l'armée fédérale éthiopienne fut décisive, et leur permit de libérer la ville de Mekele des troupes ennemies neuf jours plus tard.





[22 juillet 2023, Aksoum, Éthiopie] Le prêtre Abuk Kashi Teshala, 40 ans, montre les tombes du cimetière de l'église orthodoxe Saint Michael, où sont enterrées environ 200 victimes du massacre d'Aksoum. Cette tuerie de masse, qui fit environ 800 victimes, fut perpétrée par l'armée érythréenne les 28 et 29 novembre 2020.


[22 juillet 2023, Aksoum, Éthiopie] Abuk Kashi Teshala, a pu échapper au massacre d'Aksoum en se cachant pendant trois jours dans les souterrains de l'église Saint Michael, aux côtés d'un millier de personnes, ne disposant ni d'eau ni de nourriture. Ici derrière-lui, sur un mur de l'église, on distingue des impacts de balles.
[22 juillet 2023, Aksoum, Éthiopie] Les 28 et 29 novembre 2020, l'armée érythréenne tua plus de 800 personnes dans la ville d'Aksoum. Environ 400 d'entre elles furent enterrées dans les fosses communes de l'Église Arba Ata Ensesa.





[29 juillet 2023, Mekele, Éthiopie] Soigné à l'Hôpital général Ayder, Kahasa, 21 ans, était agriculteur près de la ville de Seraro avant de s'engager dans les Tigray Defence Forces au début de la guerre pour défendre sa région. Il a été grièvement blessé par un tir de mortier.


[29 juillet 2023, Mekele, Éthiopie] Abrahat Adgay, 28 ans, accompagne son fils, Tsege Chichay, 10 ans, qui souffre de malnutrition. Ne pesant que 10 kilos, il est pris en charge par l'Hôpital général Ayder. Pendant la guerre, ils se sont réfugiés dans les montagnes sans pouvoir cultiver leurs terres.


[17 juillet 2023, Abiy Addi, Éthiopie] Brikti, 36 ans, travaille comme infirmière à l'Hôpital général Hafeshawi. Pendant toute la durée de la guerre, son salaire, comme celui de tous les fonctionnaires au Tigré, a été « gelé ». Cela ne fait que quatre mois qu'elle reçoit à nouveau son salaire mensuel de 9000 birrs par mois (environ 150 euros). Elle porte une blouse laissée par les infirmiers de l'armée du Gouvernement fédéral éthiopien, qui ont occupé l'hôpital entre octobre 2021 et février 2022.


[17 juillet 2023, Abiy Addi, Éthiopie] Au dispensaire de l'hôpital général Hafeshawi, une pharmacienne reçoit l'ordonnance d'un patient. Elle explique : « Nous n'avons plus aucune aide des ONG depuis 6 mois. Il manque un grand nombre de médicaments, notamment ceux contre l'hypertension, ainsi que l'insuline, l'ibuprofène et le paracétamol. Nous sommes obligés de donner des médicaments périmés aux patients, et ne pouvons leur fournir ni nourriture, ni vêtements et draps propres ».
[25 juillet 2023, Idaga Arbi, Éthiopie] Les moines orthodoxes Abate Kiros, 60 ans (à gauche), et Aba Gebrekiran Gebremaska, 68 ans, montent vers le monastère Indaba Tsahma dans lequel ils vivent, surplombant la petite ville d'Idaga Arbi. En novembre 2020, ils trouvèrent sur ce chemin le moine Aba Tesfay, assassiné par l'armée fédérale éthiopienne, qu'ils portèrent jusqu'au monastère pour l'enterrer.





[17 juillet 2023, Abiy Addi, Éthiopie] Un habitant laboure son champ sur lequel il cultive du teff, la céréale la plus consommée en Éthiopie. Pendant toute la durée de la guerre, il est allé se réfugier dans les montagnes aux alentours et n'a pas pu cultiver ses terres. La charrue qu'il avait laissé sur place a été détruite par l'armée fédérale éthiopienne.


[17 juillet 2023, Abiy Addi, Éthiopie] Des réfugiés du camp « Preparatory school » cultivent le teff pour le compte de propriétaires terriens du centre-ville. Pour l'heure, c'est l'un des seuls emplois proposés aux réfugiés venus peupler la région. Ce sont pour la plupart d'anciens agriculteurs ayant été dépossédés de leurs terres dans le Tigré occidental.


[27 juillet 2023, massif de Gheralta] Un agriculteur tient dans sa main de l'engrais azoté, dont le prix a presque doublé en trois ans. L'aide en engrais agricole aux paysans de la région a été diminuée par rapport à 2022, année pendant laquelle une aide conséquente avait été apportée de la part de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) afin d'éviter une catastrophe alimentaire.


[27 juillet 2023, massif de Gheralta, Éthiopie] Reybey (à droite), et sa sœur Froweni aident leurs parents à planter les graines de teff pendant la saison de plantation qui se déroule chaque année en juin et juillet. Leur mère, Leter Kidam, explique : « Nous n'avons pas l'argent pour acheter suffisamment d'engrais, et les récoltes de cette année seront sûrement mauvaises. Nous sommes déjà affamés. »
[28 juillet 2023, massif de Gheralta, Éthiopie] Gebre Selassie Aqli, 30 ans (à droite) et Gebreslasy font une pause lors de la montée vers l'église d'Abuna Yemata. Avant que cet ancien lieu touristique soit déserté au début de la guerre, ils avaient l'habitude de guider les visiteurs jusqu'à l'église difficile d'accès en échange d'un pourboire. Cultivateur de sorgho, Gebre explique : « Les récoltes ne sont pas bonnes cette année car nous n'avons pas assez d'engrais ».





[28 juillet 2023, Koraro, Éthiopie] Dans l'église orthodoxe d'Abuna Yemata, recouverte de fresques datant du XVème siècle, le prêtre Keshi Detacho se recueille. Pendant la guerre, 19 habitants du village de Koraro, situé au pied de l'église, furent tués par l'armée fédérale éthiopienne.


[22 juillet 2023, Aksoum, Éthiopie] Une fidèle se recueille devant le mur d'enceinte entourant l'église orthodoxe Saint Michael, où environ 200 des 800 victimes du massacre d'Aksoum sont enterrées. Cette tuerie, perpétrée par l'armée érythréenne, eut lieu les 28 et 29 novembre 2020.
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LE PHOTOGRAPHE  LUCIEN MIGNÉ
Basé à Marseille, Lucien réalise des reportages qui explorent les mécanismes humains, sociaux et environnementaux qui façonnent notre monde actuel. Après plusieurs années de voyages pendant lesquelles il a aiguisé son œil de photographe, il a entrepris des études de cinéma et réalisé plusieurs courts-métrages. Il s'est ensuite tourné vers la photographie documentaire, dans la continuité de son approche de cinéaste : celle de raconter des histoires avec des images.
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Leurs bêtes sont mortes et leurs maisons cadenassées. Le peuple borana, au sud de l'Éthiopie, essuie une violente sécheresse qui sévit depuis 2020. Contraints de rejoindre des camps humanitaires, ces agriculteurs se tournent aujourd'hui vers les mines d'or et l'extraction du sel, deux activités dangereuses qui ternissent leur avenir. Pour regagner leur vie pastorale, il ne leur manque pourtant que la pluie.