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MARAIS AUDOMAROIS UN JARDIN FLOTTANT

SAINT-OMER, PAS-DE-CALAIS, FRANCE • PHOTOS © JOAQUIM DASSONVILLE / AGENCE ZEPPELIN
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Vaste labyrinthe de canaux et de zones humides, le Marais audomarois constitue un paysage unique en Europe. Dans ce coin de l'Artois flamand, les voies d'eau dessinent les chemins, et les barques remplacent les voitures. Une apparente tranquillité où se joue pourtant une transformation profonde : le recul du maraîchage traditionnel et avec lui, le risque d'un déséquilibre écologique. Car ce sont bien les agriculteurs qui façonnent le marais depuis 1300 ans, désormais classé Patrimoine mondial de l'UNESCO. Entre nature, habitations et savoir-faire, le site se montre à la fois vivant et fragile.  LIRE LA SUITE

[Saint-Omer, Pas-de-Calais] Un groupe de visiteurs découvre le moulin de l'Aile construit dans les années 2010. Cet ouvrage est la copie de celui qui fut érigé en 1866 non loin de là, en bordure de la Petite Clémingue. Endommagé par une bourrasque en 1948, l'original fut démonté en 1983. Équipé d'une vis d'Archimède, il permettait de drainer quelque 50 hectares. Au moins six de ces moulins à vent en bois ont existé sur le Marais audomarois. Ils étaient construits sur des digues qui maintenaient un niveau d'eau favorable à la culture des légumes entre mars et novembre.
[Saint-Omer, Pas-de-Calais] Une longère domine le watergang. Ce genre de maison était traditionnellement occupé par des agriculteurs. Elles étaient pensées pour vivre au plus près des cultures et permettre des allers-retours rapides en barque. Elles sont toujours associées à un petit embarcadère.
[Saint-Omer, Pas-de-Calais] Des petits repères jalonnent le marais. Ces panneaux rouges permettent aux navigateurs d'indiquer précisément leur position lorsqu'ils appellent les pompiers. Grâce à ce système de localisation, les secours peuvent intervenir rapidement dans ce dédale aquatique.
[Saint-Omer, Pas-de-Calais] Nicolas est facteur. Il est le seul en France métropolitaine à travailler en barque. Un défi logistique devenu une routine pour celui qui relie Salperwick, Saint-Omer, Tilques et Serques. Chaque jour, il parcourt 18 kilomètres sur les watergangs, soit une tournée d'environ 2h20.
[Saint-Omer, Pas-de-Calais] Nicolas navigue à bord d'une barque traditionnelle. Il distribue le courrier et les colis à une cinquantaine de maisons et d'entreprises. La cadence augmente pendant les vacances scolaires, lorsque les maisons secondaires se remplissent. Ici toutefois, les « rues » n'ont pas de noms.
CHOYER LA TERRE FERTILE
[Clairmarais, Pas-de-Calais] Le paysage est caractérisé par de fines parcelles agricoles, appelées « lègres ». Elles sont organisées autour des watergangs, ces canaux qui drainent la terre en hiver et l'irriguent en été.
[Clairmarais, Pas-de-Calais] Jean-Paul récolte ses choux-fleurs. Maraîcher de père en fils, il reconnaît que le métier est de moins en moins gratifiant. « Depuis notre installation en 1976, les prix ont énormément baissé, mais pas en supermarché ! », confie celui qui préfère ne pas dépendre d'une coopérative.
[Clairmarais, Pas-de-Calais] D'un mouvement du pied, Jean-Paul montre la qualité exceptionnelle de la terre noire du marais. En hiver, il pratique de petites inondations contrôlées pour disperser des limons avant les prochaines cultures : un cycle naturel qui régénère et enrichit le sol, sans apport artificiel.
[Tilques, Pas-de-Calais] Alexandre produit la fameuse Carotte de Tilques, une appellation qui porte haut les couleurs du terroir audomarois. Le maraîcher perpétue un savoir-faire familial en garantissant la continuité de cette variété locale, rustique et de gros calibre.
[Tilques, Pas-de-Calais] Une récolteuse est tractée au sein d'un champ de carottes. La machine arrache les racines, coupe les fanes, avant de les verser dans de grandes caisses en bois. Alexandre applique un circuit court pour vendre ses carottes.
[Tilques, Pas-de-Calais] Alexandre égraine les ombelles de carottes séchées. Sélectionnées parmi les plus belles racines de l'année précédente, ces graines assureront des semis de qualité, garantissant la pérennité de cette variété patrimoniale.
UNE BATTELERIE ANCIENNE
[Saint-Omer, Pas-de-Calais] Les Faiseurs de Bateaux est un chantier spécialisé dans la fabrication et la réparation des barques en bois. Ici, jusque dans les années 1970-1980, on utilisait des bacôves pour transporter jusqu'à quatre tonnes de légumes depuis les champs. Les habitants naviguaient également à bord d'escutes, plus petites, pour se déplacer. Une tradition qui a survécu à la multiplication des esquifs en résine.
[Saint-Omer, Pas-de-Calais] Benoît, charpentier-sculpteur, façonne une figure de proue. Il emploie une gouge pour creuser le chêne massif. Il répond aussi à des commandes plus atypiques, comme la réalisation de drakkars.
[Saint-Omer, Pas-de-Calais] Vincent badigeonne du goudron chaud sur la coque d'une escute. Cette ultime étape du calfatage permettra d'assurer l'étanchéité, la flexibilité et la protection des planches de bois.
LA RUMEUR D'UNE SORCIÈRE
[Saint-Omer, Pas-de-Calais] Les watergangs ne sont presque plus utilisés pour le transit des récoltes, mais ils restent pratiques pour la navigation locale et touristique. Aux habitants du marais, ils permettent de se déplacer occasionnellement entre certaines parcelles et de profiter d'un moyen de transport traditionnel.
[Saint-Omer, Pas-de-Calais] Des visiteurs flânent à bord d'un bacôve entre la nature et les maisons. C'est l'une des particularités de ce marais où touristes et habitants partagent les mêmes voies d'eau.
[Saint-Omer, Pas-de-Calais] Une carte est remise aux visiteurs lorsqu'ils louent une embarcation. Ils devront se repérer dans le vaste réseau de canaux, soit quelque 110 kilomètres de voies navigables.
[Saint-Omer, Pas-de-Calais] Des riverains ont érigé un décor insolite au bord de l'eau. Ici on peut lire : « Attention les enfants, Marie Groëtte veut vous saquer dans l'eau ! », en référence à la fabuleuse sorcière qui attrape les chevilles des enfants pour les noyer. Un conte transmis de génération en génération.
[Saint-Omer, Pas-de-Calais] Une statue de Marie Groëtte rappelle la légende locale : « Il y a très longtemps, dans les profondeurs du marais, une jeune fille cueillait des fleurs d'iris lorsqu'à la tombée de la nuit, elle tomba dans l'eau sombre et perdit la vie. Depuis, son spectre pâle continue d'errer sur les berges. »
LA CHALEUR DU GENIÈVRE
[Houlle, Pas-de-Calais] Fondée en 1812, la Distillerie Persyn est la plus ancienne distillerie de grains encore en activité en France. Elle produit le fameux Genièvre de Houlle, très apprécié des connaisseurs.
[Houlle, Pas-de-Calais] Les baies de genévrier constituent l'ingrédient emblématique du genièvre de Houlle. Lionel en utilise un peu moins de 5 kg pour 3,6 tonnes de grains. Sélectionnées et récoltées en partie grâce au Conservatoire des espaces naturels des Hauts-de-France, elles sont ajoutées lors de la troisième distillation pour infuser l'alcool et lui apporter son parfum.
[Houlle, Pas-de-Calais] Lionel contrôle la maturation du genièvre. Élevé en fûts de chêne pendant au moins un an, l'alcool évolue lentement, respirant à travers le bois et se chargeant de nouveaux arômes. Une partie s'évapore, c'est « la part des anges ». Certaines cuvées sont ainsi vieillies pendant plus de 20 ans. Chaque fût, par sa singularité, contribue au profil de l'eau-de-vie.
LA RÉSURRECTION D'UNE BIÈRE
[Clairmarais, Pas-de-Calais] Installée dans les anciens bâtiments agricoles d'une abbaye cistercienne, la brasserie Abbaye de Clairmarais propose diverses bières artisanales. Fondée en 2018, l'entreprise fait revivre une longue tradition locale. Elle s'attache à mettre en valeur le site historique, aujourd'hui en ruines.
[Clairmarais, Pas-de-Calais] Thomas, apprenti brasseur, contrôle l'une des cuves de brassage. Une fois par semaine, l'établissement brasse 20 hectolitres pendant 12 heures. Puis le moût est versé dans des cuves de fermentation, là où les levures vont travailler et décanter pendant 4 semaines.
[Clairmarais, Pas-de-Calais] Laurent contrôle une bière en cours de fermentation. Passionné par l'histoire locale, il a relancé une tradition brassicole disparue ici depuis plus de 300 ans. Ancien directeur régional au sein d'une grande entreprise, il a tout quitté pour se consacrer à la production de bière.
LES OISEAUX DU ROMELAËRE
[Saint-Omer, Pas-de-Calais] La Réserve naturelle nationale des étangs du Romelaëre protège 104 hectares de zone humide au titre de la Convention de Ramsar. Situé sur les communes de Nieurlet, Saint-Omer et Clairmarais, cet ancien site d'extraction de la tourbe abrite aujourd'hui plus de 200 espèces d'oiseaux.
[Saint-Omer, Pas-de-Calais] Sur un poteau de clôture en béton, un héron se repose, attentif aux mouvements qui l'entourent. Ici, les îlots abritent une faune discrète et quelques maisons.
[Saint-Omer, Pas-de-Calais] La pêche dans la réserve se pratique exclusivement en no-kill : une seule canne est autorisée, et chaque poisson, petit ou gros, doit être remis à l'eau.
[Saint-Omer, Pas-de-Calais] Un piège flotte pour capturer le Rat musqué, espèce invasive introduite au milieu du XXᵉ siècle. En l'absence de prédateurs et depuis l'interdiction de la lutte chimique en 2009, l'animal prolifère. Il s'attaque aux cultures, provoque l'affaissement des berges et l'envasement des cours d'eau, augmentant ainsi les risques d'inondations.
[Saint-Omer, Pas-de-Calais] Un technicien remet en état une berge du marais, fragilisée par les fortes inondations de novembre 2023 et janvier 2024. Ainsi des équipes spécialisées sont régulièrement mobilisées pour mettre les pieds dans l'eau. Ce type de chantier, qui relève ici du domaine public, est essentiel à la protection des habitats et à la navigation.
RESTAURER LES HABITATS HUMIDES
[Saint-Omer, Pas-de-Calais] À l'ouest du marais, le secteur des Petites Pâturettes constitue un défi écologique sur 5 hectares. Autrefois façonné par les maraîchers, il s'est peu à peu enfriché. En 2023, il a été acquis par le Conservatoire du littoral qui a entrepris une restauration écologique des habitats humides. Eden 62 est le gestionnaire de cet espace naturel sensible.
[Saint-Omer, Pas-de-Calais] Une équipe de la Fédération de pêche du Pas-de-Calais réalise une pêche électrique afin de recenser les populations piscicoles. Raphaël porte le LR24 et sa perche émettrice (de couleur jaune), et Adrien tient l'épuisette. L'impulsion électrique permet d'étourdir les poissons sans les blesser.
[Saint-Omer, Pas-de-Calais] Un agent de l'Office français de la biodiversité (OFB) patrouille entre prairies, roselières et boisements humides. Cette police de l'environnement veille aux bonnes pratiques de pêche, contrôle la vitesse des embarcations, et accompagne les actions scientifiques en lien avec la biodiversité.
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