Vaste labyrinthe de canaux et de zones humides, le Marais audomarois constitue un paysage unique en Europe. Dans ce coin de l'Artois flamand, les voies d'eau dessinent les chemins, et les barques remplacent les voitures. Une apparente tranquillité où se joue pourtant une transformation profonde : le recul du maraîchage traditionnel et avec lui, le risque d'un déséquilibre écologique. Car ce sont bien les agriculteurs qui façonnent le marais depuis 1300 ans, désormais classé Patrimoine mondial de l'UNESCO. Entre nature, habitations et savoir-faire, le site se montre à la fois vivant et fragile.
Situé à proximité de la ville de Saint-Omer et de ses 14 000 habitants, le Marais audomarois couvre une surface de 37 km² à quelques centimètres d'altitude. Il est sillonné par un réseau hydrographique très dense composé de canaux, fossés et rivières aménagés pour drainer les terres en hiver, et les irriguer en été. Parmi les 700 kilomètres de ces « watergangs », près de 110 sont navigables. Un héritage des activités maraîchères qui, jusque dans les années 1970-1980, utilisaient la barque pour transporter jusqu'à quatre tonnes de légumes depuis les champs. Aujourd'hui, il s'agit du dernier grand marais maraîcher de l'Hexagone.
Le photographe, Joaquim Dassonville, est parti à la rencontre des gens du marais. Au fil de l'eau, il a suivi Nicolas, le facteur qui fait sa tournée dans une barque en bois. Il a poussé les portes des Faiseurs de Bateaux où Vincent répare escutes et bacôves. Il a donné la parole aux agriculteurs, dont certains comme Jean-Paul, qui cultive des choux-fleurs, peinent à trouver des repreneurs. D'autres ont saisi l'opportunité des circuits courts, tel Alexandre qui sème la fameuse Carotte de Tilques. Il a visité la brasserie Abbaye de Clairmarais où Laurent produit de la bière, et la Distillerie de Houlle où Lionel élabore du genièvre. Il a accompagné Benoît qui étudie la biodiversité dans le secteur des Petites Pâturettes, récemment acquis par le Conservatoire du littoral. Il a rencontré Kévin qui se passionne pour les oiseaux au sein de la Réserve naturelle nationale des étangs du Romelaëre. Il a constaté les dégâts causés par le Rat musqué, et la réfection des berges pour se prémunir des inondations. Un reportage sur plusieurs saisons pour mieux comprendre les enjeux de ce territoire hors du commun.
Julien Pannetier