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OURS POLAIRE LA CHASSE ESSENTIELLE

GROENLAND, SCORESBY SUND, ITTOQQORTOORMIIT • PHOTOS © ESTEBANE REZKALLAH / AGENCE ZEPPELIN
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Ittoqqortoormiit compte parmi les localités les plus isolées : une poignée d'âmes accrochées aux rives du Scoresby Sund, le plus grand fjord du monde, où la banquise et le blizzard dictent encore le rythme des existences. Ici, la chasse au bœuf musqué et à l'ours polaire n'a rien d'un folklore : c'est une nécessité vitale, transmise de génération en génération et strictement encadrée par des quotas scientifiques. Un reportage sans filtre.  NOTE D'INTENTION

[Entre Dusèn Bjerg et Mikael Bjerg, Jameson Land, Groenland] Un troupeau de bœufs musqués, dont un veau, évolue sur les plateaux enneigés, à 500 mètres d'altitude. Si aucun recensement complet n'a été effectué sur le secteur de Jameson Land depuis 2016, lorsque 1705 bœufs ont été comptabilisés, les scientifiques s'accordent à dire que les populations ont drastiquement diminué depuis la fin du XXᵉ siècle. Ils l'imputent en premier lieu au dérèglement climatique, avec des épisodes de pluie verglaçante en plein hiver qui scellent la végétation sous une croûte de glace, privant ces grands herbivores de toute ressource alimentaire.
[Cap Tobin, Scoresby Sund, Groenland] Uugi scrute aux jumelles l'embouchure du Scoresby Sund. C'est un point de vue stratégique pour les chasseurs qui traquent le gibier parmi les glaces dérivantes.
[Entre Dusèn Bjerg et Mikael Bjerg, Jameson Land, Groenland] Les populations de bœufs musqués sont très mobiles. Plus à l'ouest, on parle de troupeaux pouvant atteindre une quarantaine de têtes.
[Ittoqqortoormiit, Scoresby Sund, Groenland] Uugi déneige les abords de sa maison. Le vent, qui souffle à 60 km/h, annonce un redoux spectaculaire en ce mois d'avril. Depuis plusieurs années, les habitants observent que la banquise se forme plus tard à l'automne, et fond plus tôt au printemps.
[Cap Tobin, Scoresby Sund, Groenland] La banquise se fracture sous l'effet de la chaleur, parfois sur toute la largeur de certains fjords. Entre le 6 et le 21 avril 2026, la température moyenne journalière à Ittoqqortoormiit a en effet augmenté de presque 15°C, passant de –8,8 à +5,9°C.
[Ittoqqortoormiit, Scoresby Sund, Groenland] Uugi entame le tannage des peaux de bœufs musqués qu'il a chassés durant l'hiver. Ici, il enlève les poils de garde : la couche externe qui protège du vent et de l'humidité.
[Ittoqqortoormiit, Scoresby Sund, Groenland] Le qiviut – la couche de poils interne qui isole du froid – est récupéré lors du tannage. Extrêmement fin, ce duvet sera cardé et filé pour faire du fil à tricoter.
[Ittoqqortoormiit, Scoresby Sund, Groenland] Un homme marche dans le blizzard. Dans le village, les sorties de nuit ne durent généralement que quelques instants.
[Entre Dusèn Bjerg et Mikael Bjerg, Jameson Land, Groenland] Un homme en motoneige part à la recherche de bœufs musqués. En ce mois d'avril, et jusqu'à la fin août, la chasse est fermée, mais des repérages réguliers restent nécessaires afin d'identifier les zones de rassemblement de certains troupeaux et de suivre l'évolution pour la chasse estivale.
[Mikael Bjerg, Jameson Land, Groenland] Uugi brandit fièrement un sac rempli de viande de bœuf musqué pour le repas. Ici, on distingue trois périodes de chasse pour le bœuf musqué : en décembre, en mars, et en août jusqu'à la mi-octobre. Ce calendrier est décrété par le Gouvernement, en consultation du Conseil de la chasse et du Greenland Institute of Natural Resources.
[Walrus Bay, Liverpool Land, Groenland] Équipé d'une tarière, d'une pelle et d'un bidon, Uugi puise de l'eau douce dans un lac. En ce mois d'avril, la surface de l'eau est gelée, et la neige ne laisse pas présager la présence d'un lac. Situé à deux kilomètres d'Ittoqqortoormiit, le site est régulièrement fréquenté par les villageois.
[Ittoqqortoormiit, Scoresby Sund, Groenland] Chez lui, Uugi découpe un rôti de bœuf musqué. L'animal représente la principale source de protéines des villageois : « Deux bœufs me suffisent à traverser sereinement la fin de l'hiver et le printemps jusqu'en août », assure le chasseur qui tire l'essentiel de ses revenus du tourisme.
[Cap Tobin, Scoresby Sund, Groenland] Les ours peuvent parcourir de longues distances, et ils sillonnent régulièrement les environs d'Ittoqqortoormiit. « N'allez pas trop loin, il y a beaucoup d'ours polaires ces jours-ci », prévient un chasseur. Les accidents impliquant des humains restent très rares, mais il suffit qu'un ours s'approche un peu trop près des habitations ou des personnes pour qu'il soit abattu par mesure de sécurité.
[Ittoqqortoormiit, Scoresby Sund, Groenland] Guide de profession et chasseur à ses heures, Uugi observe aux jumelles la faune qui passe à proximité de son domicile. Si un point beige s'anime, il préviendra les dix autres chasseurs du village. Lui ne tire pas sur l'ours, considérant qu'il n'a pas besoin de revenus supplémentaires. Mais les relations avec le reste de la communauté sont précieuses, et les observations en fin et en début de journée constituent une veille collective sur le territoire.
[Cap Tobin, Scoresby Sund, Groenland] Dans un silence cotonneux, où seuls les flocons de neige viennent crépiter sur les vêtements, les chasseurs sont sur le qui-vive. « Ils voient tout », s'exclame Uugi avant de décrypter la scène : « Plusieurs souffles de mammifères marins ont été repérés au loin, des souffles caractéristiques qui ressemblent à ceux des narvals. » Les chasseurs ont donc fait rugir leurs motoneiges pour inspecter la polynie sur près de 7 kilomètres.
[Ittoqqortoormiit, Scoresby Sund, Groenland] Un ours polaire, déjà criblé de balles, tente d'échapper aux chasseurs. Celui-ci avait été observé à quelques centaines de mètres du village et sa traque ne durera qu'une dizaine de minutes.
[Ittoqqortoormiit, Scoresby Sund, Groenland] L'ours est rapidement intercepté par les chasseurs en motoneiges. Touché à plusieurs reprises, il parcourra plus de 150 mètres avant de s'effondrer sous une dernière balle, mortelle.
[Ittoqqortoormiit, Scoresby Sund, Groenland] Depuis 2023, une exception existe pour les ours qui vont et viennent près des habitations : ils peuvent être abattus en dehors des quotas et périodes de chasse habituels, sans dérogation préalable.
[Ittoqqortoormiit, Scoresby Sund, Groenland] Les familles se réunissent autour de l'ours abattu. C'est un événement pour toute la communauté villageoise, et les touristes présents ce jour-là prennent conscience d'assister à une scène exceptionnelle. Les conversations s'animent, les rires fusent, et une communion inattendue s'installe autour de la dépouille.
[Ittoqqortoormiit, Scoresby Sund, Groenland] L'abattage du plus gros carnivore terrestre est une victoire pour les chasseurs du Groenland. Et celui qui tue un ours polaire gagne une notoriété au sein du village. Mais cette chasse demeure encadrée par des quotas établis à partir de données scientifiques et de connaissances locales, avec des permis et des règles précises. Elle s'inscrit dans une tradition de subsistance.
[Ittoqqortoormiit, Scoresby Sund, Groenland] Lorsqu'ils traquent un ours, les chasseurs cherchent à l'abattre le plus rapidement possible afin de limiter le nombre de balles et de ne pas trop abîmer la peau. Mais ici, une plaie sous les coussinets du plantigrade suscite des interrogations. « Aucune balle n'aurait pu causer cela, assure un chasseur, c'est peut-être une bagarre avec un autre ours. »
[Ittoqqortoormiit, Scoresby Sund, Groenland] Le sang de l'ours est prélevé à l'aide d'une seringue, puis stocké dans un tube d'EDTA, un agent anticoagulant, afin d'être analysé ultérieurement en laboratoire. Ainsi les chercheurs de l'Université d'Aarhus, au Danemark, peuvent-ils étudier les sources et les voies de contamination dans l'Arctique, soit l'accumulation des polluants organiques persistants (POP) tout au long de la chaîne alimentaire.
[Ittoqqortoormiit, Scoresby Sund, Groenland] L'ours est découpé en différentes pièces que se partagent 6 chasseurs. La viande consommable varie entre 150 et 350 kilos pour un gros mâle. « Un seul ours peut nourrir trois familles et deux attelages de chiens pendant un an », prévient un chasseur qui congèlera bientôt sa part. Des morceaux de chair et divers organes sont également conservés pour être analysés en laboratoire.
[Ittoqqortoormiit, Scoresby Sund, Groenland] L'ours est dépecé par les chasseurs. Sa peau et son crâne seront minutieusement nettoyés pour être conservés. La fourrure servira notamment à faire des couvertures et des vêtements chauds.
[Ittoqqortoormiit, Scoresby Sund, Groenland] Dans un moment d'euphorie, des villageois partagent spontanément des boîtes de chocolats et des sodas avec tout le groupe réuni ce jour-là.
[Ittoqqortoormiit, Scoresby Sund, Groenland] La tête d'un ours est déposée dans une source d'eau chaude, à 60°C toute l'année, afin qu'elle soit nettoyée et conservée comme un trophée.
[Dombrava Lake, Hurry Fjord, Groenland] Plusieurs fois dans le week-end, et parfois en semaine, les habitants d'Ittoqqortoormiit partent ensemble à la pêche. Une vingtaine de motoneiges se retrouvent ainsi au milieu du lac glaciaire de Dombrava pour un moment de joie et de partage.
[Dombrava Lake, Hurry Fjord, Groenland] Chaque pêcheur perce un trou dans le lac gelé. Il utilise une simple ligne en nylon, à laquelle est fixé un leurre qu'il agite de haut en bas.
[Dombrava Lake, Hurry Fjord, Groenland] Un omble chevalier est sorti de l'eau. Lorsque l'animal se rapproche du trou percé dans la glace, le pêcheur le projette brusquement sur la glace.
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